Pape François : « Il est criminel de négliger les blessures causées par le système économique »

Le 17 février 2017, le pape François a fait parvenir un message à l’occasion d’une rencontre continentale des mouvements populaires qui s’est ouverte le jeudi 16 février 2017, à Modesto en Californie. Dans son message adressé aux participants, lu le dimanche 19 février, le pape François les invite notamment à suivre l’exemple du Bon samaritain. Vous trouverez l’intégralité de ce message ci-dessous. Nous avons mis en gras certains passages particulièrement pertinents pour les réalités des gens du nord.

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Chers frères,

Je voudrais tout d’abord vous féliciter d’avoir fait l’effort de répercuter au nouveau national, le travail que vous élaborez pendant la rencontre mondiale des mouvements populaires. Je voudrais, par cette lettre, encourager et renforcer chacun d’entre vous, vos organisations ainsi que tous ceux qui luttent pour les  » Trois T « : la terre, le logement et le travail. Je vous félicite pour tout ce que vous faites.

Je tiens à remercier la Campagne catholique pour le développement humain, son président, Mgr. David Talley ainsi que vos hôtes, Mgrs Stephen Blaire, Armando Ochoa et Jaime Soto, pour le fort soutien qu’ils ont apporté à cette rencontre. Merci au Cardinal Turkson d’accompagner de près les mouvements populaires du nouveau Département pour le service du développement intégral de l’Homme. Je suis tellement heureux de vous voir œuvrer ensemble pour la justice sociale ! Comme je souhaite que cette énergie constructive se propage dans tous les diocèses, une énergie qui bâtit des ponts entre les peuples et les individus, des ponts capables de percer les murs de l’exclusion, de l’indifférence, de l’intolérance et du racisme.

Je voudrais également souligner le travail du Réseau national PICO ainsi que celui des organisations promotrices de cette réunion. Je savais que PICO signifie « le développement des communautés à travers l’organisation de leurs membres ». Quel bon résumé pour la mission des mouvements populaires : un travail de proximité, aux côtés d’autrui, coordonné entre vous, pour faire avancer nos communautés.

Il y a quelques mois, à Rome, nous avons parlé des murs et de la peur, des ponts et de l’amour. Je ne souhaite pas me répéter : ces questions remettent en question nos valeurs les plus profondes.

Nous savons qu’aucun de ces maux n’est né d’hier. Nous faisons face à la crise du paradigme dominant, un système qui entraîne d’énormes souffrances à la famille humaine, s’attaquant à la fois à la dignité des personnes et à notre Maison Commune, afin de maintenir la tyrannie invisible de l’argent qui ne garantit des privilèges qu’à peu de personnes. « L’humanité se trouve à un grand tournant de histoire ».

Pour les chrétiens et pour tous les hommes de bonne volonté, c’est maintenant que nous devons agir. C’est « une grave responsabilité, car si certaines réalités du monde actuel ne trouvent pas une bonne solution à leurs situations, elles peuvent déclencher des processus de déshumanisation difficilement réversibles par la suite. » Ce sont des « signes des temps » que nous devons reconnaître pour passer à l’action. Nous avons perdu un temps précieux en n’accordant pas assez d’attention à la résolution de ces réalités destructrices. Ainsi, les processus de déshumanisation s’accélèrent. La direction que prendra l’humanité face à ce tournant historique, et la manière avec laquelle cette aggravation de la crise trouvera une solution, dépendra de la participation active de la population – en grande partie par votre intermédiaire vous les mouvements populaires.

Nous ne devons pas être paralysés par la peur, mais ne vous empêtrez pas dans les filets du conflit. Nous devons reconnaître le danger, mais aussi la possibilité que chaque crise peut évoluer, être dépassée et connaître un dénouement honorable. Dans la langue chinoise, qui exprime la sagesse ancienne de ce grand peuple, le mot crise est composé de deux idéogrammes : Wei représentant le danger et Jī représentant l’opportunité.

Le danger consiste à rejeter les autres et ainsi, sans le savoir, nier leur humanité, notre humanité, nous renier nous-mêmes, et par conséquent renier le plus important des commandements de Jésus. Telle est la déshumanisation. Mais il y a quand même une chance que la lumière de l’amour du prochain illumine la Terre avec son éclat éblouissant comme un éclair dans l’obscurité qui nous réveille, et que la véritable humanité se répande comme une épidémie, avec la résistance forte et opiniâtre de l’authenticité.

Aujourd’hui encore résonne dans nos oreilles la question de l’avocat qui demande à Jésus dans l’Evangile de Luc « Et qui est mon prochain ? » Qui est celui qu’on doit aimer comme soi-même ? Peut-être s’attendait-il à une réponse conforme à son mode de vie, telle que « seraient-ce mes parents ? Mes compatriotes ? Mes coreligionnaires ?… ». Peut-être voulait-il amener Jésus à l’exempter de l’obligation d’aimer les païens ou les étrangers considérés comme impurs à l’époque. Cet homme veut une règle claire qui permet de classer les gens dans des catégories « nos prochains » et « les non prochains », entre ceux qui peuvent devenir nos « prochains » et ceux qui ne le peuvent pas.

Jésus répond par une parabole qui met en scène deux figures de l’élite, puis un troisième personnage, considéré étranger, païen et impur : le Samaritain. Sur la route de Jérusalem à Jéricho, le prêtre et le lévite ont rencontré chacun le même homme agonisant, que des voleurs avaient agressé, volé, battu et abandonné. La loi du Seigneur prévoyait dans des situations similaires l’obligation de l’aider, mais tous les deux ont passé leur chemin sans s’arrêter ; ils étaient pressés. Mais le Samaritain, qui était méprisé par la société, celui sur lequel personne n’aurait parié quoi que ce soit, et qui avait lui aussi des obligations et des courses à faire, le Samaritain n’a pas pris le large quand il a vu l’homme blessé, comme l’ont fait ceux qui pourtant étaient liés au Temple ; au contraire quand il « l’a vu, il fut pris de pitié ». Le Samaritain se comporte en vrai miséricordieux : il panse les blessures de l’homme, l’emmène dans une auberge, se soucie personnellement de lui et lui fournit une assistance. Tout cela nous enseigne que la compassion et l’amour ne sont pas des sentiments vagues, mais qu’ils signifient qu’il faut prendre soin des autres, de payer de sa personne pour eux. Cela signifie de s’impliquer personnellement et d’accomplir tous les pas nécessaires pour « se rapprocher » de l’autre jusqu’à s’y identifier : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Tel est le commandement du Seigneur.

Il est criminel de négliger les blessures causées par le système économique qui a pour épicentre le dieu de l’argent et qui agit parfois avec la brutalité des voleurs dans la parabole. Dans la société mondialisée, il existe une manière élégante de détourner son regard et qui est pratiquée de façon récurrente : sous couvert de rectitude politique ou de modes idéologiques, on regarde la souffrance sans la toucher, on la transmet à la télévision en direct, en adoptant de surcroît un discours soi-disant de tolérance et plein d’euphémismes ; cependant, rien n’est fait de manière systématique pour guérir les blessures sociales ou pour contrer des structures qui abandonnent tant de frères au bord de la route. Cette attitude hypocrite, si différente de celle du Samaritain, témoigne de l’absence d’une véritable conversion et d’un véritable engagement envers l’humanité.

C’est une escroquerie morale qui, tôt ou tard, sortira au grand jour comme un mirage qui se dissipe. Les blessés sont là, c’est une réalité. Le chômage est réel, la violence l’est aussi. La corruption est réelle, la crise d’identité est réelle, la vacance de démocratie est réelle. La gangrène du système ne peut pas rester camouflée éternellement, parce que, tôt ou tard, la puanteur finit par se répandre. Et quand elle atteindra ce stade indubitable, prendront naissance – de la même source qui a généré cette situation de manipulation de la peur et de l’insécurité –, la colère ainsi qu’une indignation légitime du peuple, qui entraîneront les gens, par un phénomène de transfert de responsabilité, à accuser de tous les maux les « non-prochains ». Je ne parle pas de personnes en particulier ; je parle d’un processus social qui se développe dans de nombreuses régions du monde et qui constitue une grave menace pour l’humanité.

Jésus nous propose un autre cheminement ; qui consiste à ne pas classer les autres dans des catégories, pour en discerner qui est le prochain, et qui ne l’est pas. Vous pouvez devenir le prochain de celui qui est dans le besoin ; vous le serez si vous avez la compassion dans votre cœur et si vous avez la capacité de souffrir avec l’autre. Vous devez devenir le Samaritain. Il faut aussi être comme l’hôtelier à qui le Samaritain à la fin de la parabole, a confié la personne qui souffre. Qui est cet hôtelier ? C’est l’Église et la communauté chrétienne, qui prennent soin des personnes. Ce sont les organisations sociales, nous, vous, à qui le Seigneur Jésus, tous les jours, confie ceux qui sont affligés, dans leur corps et dans leur esprit, afin que nous puissions leur communiquer directement et sans aucune mesure, toute sa miséricorde et son salut. C’est là, la véritable humanité qui résiste à la déshumanisation qui nous est servie sous forme d’indifférence, d’hypocrisie et d’intolérance.

Je sais que vous vous êtes engagés dans la lutte pour la justice sociale, la défense de notre sœur la terre-mère, et dans l’accompagnement des migrants. Je souhaite vous confirmer dans votre choix et vous partager deux pensées à ce sujet.

La crise écologique est réelle. « Il y a un consensus scientifique très cohérent sur le fait que nous faisons face à un réchauffement inquiétant du système climatique ». Il est vrai que la science n’est pas la seule forme de connaissance. La science n’est pas nécessairement « neutre » et, il est vrai qu’elle occulte souvent les positions idéologiques ou les intérêts économiques. Mais nous savons aussi ce qui se passe quand nous nions la science et ignorons la voix de la nature. Je suis conscient de ce qui nous interpelle à nous catholiques. Ne tombons pas dans le déni. Le temps nous est compté. Agissons. Je vous appelle encore une fois à vous, peuples autochtones, pasteurs et dirigeants, à défendre la création.

L’autre réflexion a déjà été évoquée lors de notre dernière réunion, mais il me semble important de la répéter : aucun peuple et aucune religion ne sont criminels, ne sont terroristes. Il n’y a pas de terrorisme chrétien, il n’y a pas de terrorisme juif et il n’y a pas de terrorisme islamique. Cela n’existe pas. Aucun peuple ne peut être qualifié de criminel, de narco-trafiquant ou de violent. « Sont accusées de violence envers les pauvres et les peuples pauvres – ne bénéficiant pas des mêmes opportunités –, les diverses formes d’agression et de guerre, qui constituent un terrain fertile pour une implosion qui surviendra tôt ou tard ». Il y a des gens fondamentalistes et violents au sein de tous les peuples et de toutes les religions, et qui se trouvent renforcés par les généralisations intolérantes, la haine et l’alimentation de la xénophobie. Face à la terreur, c’est avec amour que nous travaillons pour la paix.

J’appelle à la fermeté et à la douceur pour défendre ces principes ; je vous demande de ne pas les échanger comme une marchandise bon marché. Et, comme saint François d’Assise, donnons tous de nous-mêmes pour « que là où il y a la haine, nous mettions l’amour, là où il y a des blessures, le pardon ; que là où il y a discorde, nous mettions l’union ; que là où il y a erreur, nous mettions la vérité ».

Sachez que je prie pour vous, je prie avec vous et je demande à Dieu notre Père, de vous accompagner et de vous bénir, qu’il vous comble de son amour et de sa protection. Je vous prie de bien vouloir prier pour moi et d’aller de l’avant.

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Découvrez Mgr Antoine Hérouard, nouvel évêque auxiliaire de Lille

Voilà plusieurs mois que les chrétiens du Nord attendait de connaître le nom de leur nouvel évêque auxiliaire suit à la démission de Mgr Gérard Coliche qui avait atteint la limite d’age de 75 ans. Fin du suspens, ce 22 février 2017, Le pape François a nommé Mgr Antoine Hérouard évêque auxiliaire de Lille.

Bienvenue à Mgr Hérouard

antoine_herouard_portraitLa Mission Ouvrière du diocèse de Lille est heureuse d’accueillir son nouvel évêque auxiliaire au CV déjà bien chargé. Ordonné en 1985 pour l’archidiocèse de Paris, il y fut aumônier de lycée puis professeur de théologie morale au séminaire de Paris et à l’École cathédrale de Paris. Coté mouvement, il fut aumônier diocésain des jeunes professionnels du Mouvement chrétien des cadres et dirigeants (MCC) de 1998 à 2004.

Natif de Neuilly sur Seine et diplômé d’HEC, Mgr Hérouard n’est donc pas issu du monde ouvrier mais il est attentif à cette réalité par ses anciennes missions de vicaire épiscopal pour la Solidarité et d’aumônier diocésain du Secours catholique mais surtout par son attachement à l’engagement social et politique des chrétiens. En 2012, il déclarait au site Zenit : « Il est nécessaire que l’Église et les chrétiens, aussi bien au niveau des responsables que des fidèles, soient présents dans la société et expriment ce qu’ils pensent, dans une perspective de recherche du bien commun pour l’ensemble de la société. Il ne s’agit pas que les chrétiens soient une sorte de « super-lobby » actif qui voudrait imposer un certain nombre de choses à la société, mais qu’ils permettent à l’ensemble des citoyens de réfléchir aux enjeux fondamentaux, en particulier autour de la dignité humaine, du respect des plus petits, des valeurs de solidarité… »

Entre 2005 et 2007, il fut Secrétaire général adjoint de la Conférence des évêques de France, avant d’en devenir le Secrétaire général, de 2007 à 2013. Recteur du Séminaire pontifical français de Rome depuis 2014, il quitte la cité éternelle pour la capitale de Flandres. Son ordination épiscopale aura lieu le dimanche 30 avril à 15h30, en la cathédrale Notre-Dame de la Treille, à Lille.

Interviewer par RCF suite à sa nomination, Mgr Hérouard a partagé sa joie de rejoindre « un diocèse plein de vitalité ». Il a également exprimé sa surprise car c’est la première fois qu’est nommé un évêque auxiliaire qui n’est pas issu du diocèse. Mgr Hérouard qui était présent à la célébration du centenaire du diocèse a tenu a saluer «  la riche histoire du catholicisme social dans le diocèse » et son attachement « à l’engagement social des chrétiens » et à « la nécessité d’incarner la foi dans ce que nous vivons ».

Les acteurs de la Mission Ouvrière du diocèse de Lille seront heureux de l’accueillir et de lui faire découvrir notre beau diocèse à l’histoire et aux réalités ouvrières fortes. Une terre marquée par la foi et les combats des chrétiens du milieu ouvrier et des quartiers populaires pour la construction d’un monde plus juste et fraternel.

Merci à Mgr Gérard Coliche

La Mission Ouvrière du Nord tient a remercier très chaleureusement Mgr Gérard Coliche pour ses nombreuses années de service. Un parcours marqué par l’action catholique et la place qu’il a su donné aux laïcs dans l’Église. Le message d’envoi qu’il a partagé avec les 160 personnes présentes lors de la formation sur la mission en quartiers populaires du 4 février 2017, restera gravé dans nos mémoire. Un appel a rester fidèle à nos racines tout en osant aller vers. Merci !

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Regard de sociologue : « Les classes populaires ne sont pas seulement dominées, elles agissent »

Dans un entretien réalisé par Pierre Chaillan et publié dans le journal L’Humanité des 3,4 et 5 février 2017, le sociologue Paul Bouffartigue apporte son regard sur la situation des classes populaires. Un point du vue intéressant pour les acteurs de l’évangélisation du milieu ouvrier. Une vision a croiser avec l’analyse très juste du pape François sur les milieux populaires, la culture du rebut et l’indispensable recherche d’une alternative au système capitaliste.


Dans un essai politique intitulé En quête des classes populaires, le sociologue,avec d’autres chercheurs en sciences sociales, souligne les évolutions d’appartenance au sein des groupes sociaux. Et s’il s’inscrit dans la lutte des classes, il insiste sur la nécessité de tenir compte des nouvelles formes d’autonomisation culturelle.

Pourquoi présentez-vous, avec d’autres sociologues, votre ouvrage, En quête des classes populaires (1), comme « un essai politique » ?

Paul Bouffartigue : Nous ne voulions pas faire un nouvel ouvrage savant sur le sujet. On s’engage sur un certain nombre d’idées. La première concerne le passage de la notion de « classe ouvrière » à celle de « classes populaires ». Cela ne va pas de soi et soulève toute une série de questions. « Classes », et non pas milieux, catégories ou couches populaires : nous y tenons. Pour autant, nous ne considérons pas forcément cette notion de classes populaires comme idéale. L’utiliser de manière non critique est insuffisant. Si l’on se contente de définir les classes populaires comme les catégories sociales du bas de l’échelle, avec au-dessus les classes moyennes et encore au-dessus les classes supérieures, on évacue la réflexion en termes de rapport de classe et de lutte de classes. Les classes populaires ne sont pas seulement dominées, elles réagissent et agissent. Et là, nous prenons à rebours une vision académique dominante. C’est en cela que c’est un essai politique. Ce qui nous intéresse, c’est bien la dimension politique et pas seulement sociologique de la déconstruction et de la reconstruction des classes. Dans le même temps, nous n’avons pas trouvé beaucoup mieux que « classes populaires » pour parler de cet espace social. Et surtout, cela permet de ne pas parler que des « classes moyennes », comme le fait le discours politique, médiatique.

C’est aussi vrai de la sociologie ?

Paul Bouffartigue : Ici il faut relativiser, compte tenu de l’influence de la sociologie critique. On trouvera peu de sociologues pour soutenir un diagnostic de « moyennisation sociale ». En revanche, c’est loin d’être gagné dans l’espace politique et médiatique, où l’on n’évoque quasiment que les classes moyennes, avec une définition très extensive : presque tout le monde en fait partie… sauf les « exclus ». Nous combattons cette vision.

Où vos travaux se situent-ils par rapport aux autres recherches en sociologie ?

Paul Bouffartigue : L’approche des milieux populaires est très marquée par la pensée de Pierre Bourdieu, par rapport à laquelle, inscrits dans la filiation marxiste, nous nous situons en affinité critique. Avec le sociologue Olivier Schwartz, nous considérons, certes, que ce sont des catégories dominées dans une série d’aspects de leur existence, mais qui ont toujours certaines ressources d’autonomie culturelle. Pourtant il faut se demander, avec l’allongement de la scolarisation des enfants des catégories populaires ou encore avec les transformations des conditions d’existence, que reste-t-il de cette autonomie culturelle ? Ainsi, nous allons plus loin, en affirmant qu’au-delà des formes d’autonomie culturelle, il y a des formes de résistance et de réappropriation des conditions de vie qui ont à voir avec la lutte des classes et qui ont des implications politiques. C’est là que nous introduisons avec Denis Merklen la notion de « politicité ». Il s’agit d’essayer de comprendre que, pas davantage que dans les autres classes d’ailleurs, on serait d’abord socialisé avant de rencontrer la politique. Cette notion permet d’appréhender des conduites et des comportements autrement qu’à partir d’un ethnocentrisme de classe amenant, par exemple, à décréter que les gens qui ne votent pas sont extérieurs à la politique. Or il y a des tas de pratiques populaires à dimension politique. Ce sont en particulier des formes de violence voire d’illégalisme qui ont toujours existé dans ces classes, mais que l’on voit réapparaître plus clairement aujourd’hui.

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Vous voyez même dans ces pratiques une recherche de collectif ?

Paul Bouffartigue : Dans le passage de la notion de classe ouvrière à celle de classes populaires, il y a le passage de l’unité (« la ») à la pluralité (« les »). Et, en même temps, l’effacement d’un acteur politique. Car parler de classe ouvrière c’est parler d’un ensemble d’institutions politiques qui lui assuraient une visibilité et une représentation fortes sur la scène sociale et politique. Dans le cas de la France, en particulier au travers de la CGT et du Parti communiste, entre les années 1930 et 1960. La grande transformation, c’est d’abord l’affaiblissement drastique de ce mouvement ouvrier. Affaiblissement dû à l’offensive néolibérale et à la déstructuration du groupe ouvrier. Mais nous invitons aussi au retour critique sur les fragilités propres au mouvement ouvrier, d’ordres politique et culturel. La critique du travail, du productivisme, du consumérisme et des phénomènes de délégation de pouvoir y a longtemps été refoulée, et les groupes les plus exploités – immigrés, femmes – sous-représentés. Mais comme la lutte des classes est plus que jamais à l’œuvre, il faut essayer de regarder aujourd’hui les classes opprimées avec de nouvelles lunettes afin de repérer quelles sont ses nouvelles manifestations.

Dans le monde du travail, des transformations profondes sont à l’œuvre. Quelles sont-elles et qu’entraînent-elles ?

Paul Bouffartigue : Les classes populaires, ce ne sont pas seulement les habitants des banlieues ou des cités populaires. Elles sont présentes aussi dans des centres-villes, dans les petites villes, dans les zones rurales, etc. Les classes populaires, ce sont d’abord les mondes du travail ouvrier et employé, en gros la moitié de la population. Il existe aussi de nombreuses catégories sociales qui en relèvent ou s’en rapprochent. D’ailleurs même à l’époque de l’hégémonie de la classe ouvrière sur les mondes populaires, l’ouvrier d’usine des grandes concentrations industrielles était loin d’épuiser la réalité du monde du travail. Aujourd’hui, les ouvriers sont dispersés dans une multitude de petites entreprises sous-traitantes. D’ailleurs, une grande partie d’ouvriers sont aujourd’hui recensés dans le tertiaire (maintenance, logistique, transports, commerce, etc.).

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Mais qui sont alors les ouvriers et les employés d’aujourd’hui ?

Paul Bouffartigue : Les frontières entre les cols bleus et les cols blancs ont explosé, dans les contenus du travail mais aussi dans les parcours professionnels. Il y a une convergence dans les conditions matérielles objectives de travail entre production et services. Anciennes et nouvelles formes d’oppressions et de pénibilités se superposent : la précarité s’ajoute à la faiblesse des salaires, la pénibilité physique, l’allongement de la durée du travail, les pressions psychiques, les tensions avec le public, l’appel à la responsabilité, etc. Dans ce contexte, il est souvent bien plus difficile de faire grève. Reste que les formes de contestation et d’action revendicatives sont nombreuses et évoluent : refus des heures supplémentaires, pétitions, délégations auprès de la direction, mais aussi démissions, absentéisme, etc.

Quelle est aujourd’hui la « figure du peuple réel » composant les classes populaires ?

Paul Bouffartigue : On peut partir de la manière dont le genre construit ces classes populaires. Les ouvriers sont majoritairement des hommes, et les femmes des employés. Pour relativiser les mouvements de polarisation entre précaires et moins précaires – indéniables par ailleurs –, il suffit de savoir que très souvent un homme ayant un emploi stable vit avec une femme qui est davantage exposée à la précarité. Inversement, les divisions ont une forte dimension spatiale. Au-delà, avec l’affaiblissement des organisations collectives des classes populaires, toutes les logiques de différenciation et de divisions se renforcent, cultivées et entretenues notamment par les formations politiques de droite et d’extrême droite. Olivier Schwartz parle d’une conscience tripolaire de classe. Là où la conscience de classe opposait le « nous », en bas, aux « eux », les puissants, ceux d’en haut, le « nous » ne s’oppose plus seulement à « ceux d’en haut », mais à ceux qui sont encore plus pauvres, moins méritants, vus comme « assistés » et/ou ceux dont la couleur de peau est plus sombre. Pour autant, il ne faut pas survaloriser conflits et tensions, occulter les pratiques de solidarité qui existent au quotidien et sous-estimer l’existence de nouvelles formes d’autonomie culturelle, comme on en trouve dans le rap.

Ces nouvelles formes incluent-elles la dénonciation de l’exploitation et de tous les rapports de domination ?

Paul Bouffartigue : Le risque est d’avaliser le passage du couple « classe ouvrière »/« exploitation » à celui de « classes populaires »/« domination », avec la grande influence en sociologie de la pensée de Bourdieu. Mais comment lutter contre la (ou les) domination(s) si on ne voit qu’elle(s) ? Sans parler du concept, qui peut même être très politiquement correct, de discriminations. Le nombre de groupes discriminés est sans limite. Elles peuvent être liées au genre, au faciès, à l’âge, à des handicaps, aux orientations sexuelles, etc. Des luttes éclatées contre les discriminations peuvent entretenir la division des classes populaires. Je ne nie pas la réalité de ces multiples discriminations. Mais sur le plan théorique et politique, il faut réhabiliter la critique de l’exploitation et du capitalisme, qui sont la base de toutes ces divisions. En tenant compte des transformations du capitalisme, telle l’abstraction de l’exploitation liée à la financiarisation. Comment y parvenir à partir de la pluralité des classes populaires et des expériences des oppressions et de l’exploitation ? Cela reste un vaste chantier.

Dans ce chantier, vous identifiez des résistances, quelles sont-elles ?

Paul Bouffartigue : Il est important de voir d’abord les résistances existantes, y compris lorsqu’elles nous dérangent, qu’elles prennent des formes violentes. Ensuite, dans les catégories les plus dominées ou opprimées, des luttes parfois spectaculaires se développent : femmes de ménage de l’hôtellerie, travailleurs sans papiers, VTC, jeunes de la restauration rapide, etc. Une fois que l’on a pris au sérieux ce constat, il faut voir comment fédérer et organiser ces luttes. C’est une question qui se pose dans le mouvement syndical. Elle se pose sans doute trop peu du côté des forces politiques qui prétendent représenter ces classes populaires, comme l’a montré Julian Mischi à propos du Parti communiste. La balle est dans le camp des forces qui ambitionnent toujours de changer la société. Pourquoi la place n’est pas suffisamment faite, dans l’ancienne matrice de gauche, à ces nouvelles cultures politiques, de luttes et de résistances ? Ce livre invite à travailler ces questions car nous ne faisons pas le deuil de la représentation politique des classes populaires.

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À quelles conditions peut-on arriver à faire émerger des alternatives ?

Paul Bouffartigue : C’est la question de la reconstruction d’un projet alternatif et mobilisateur. Il faut donc à la fois promouvoir, bien sûr, la rencontre dans différents espaces entre les acteurs des luttes et la politique, leur laisser une place mais aussi mener le travail sur l’alternative, comme le rappelle Roger Martelli, qui parle de « refaire peuple ». Cela invite au débat avec les théoriciens d’un « populisme de gauche », Ernesto Laclau et Chantal Mouffe. Contre ceux qui tentent de constituer le peuple contre l’étranger, il s’agirait de le constituer – et d’abord par l’alliance des classes populaires et des classes moyennes – contre l’oligarchie financière. Le mouvement altermondialiste, en s’efforçant de relier les enjeux planétaires, environnementaux, de santé publique et les enjeux du travail, de droits économiques et sociaux, a posé les jalons d’un espace de convergence. Ce qui est intéressant dans la notion de peuple, c’est justement sa dimension à géométrie variable. Le peuple, comme les classes, sont des constructions politiques.

(1) En quête des classes populaires, un essai politique, de Sophie Béroud, Paul Bouffartigue, Henri Eckert et Denis Merklen. Éditions la Dispute, 216 pages, 20 euros.

Paul Bouffartigue, un sociologue du travail
Du monde ouvrier, autour des aciéries de Fos (Bouches-du-Rhône) des années 1970, des conditions d’existence des ingénieurs jusqu’au travail précaire, Paul Bouffartigue est un sociologue qui n’a jamais déserté le terrain de la lutte des classes. Après des études de sociologie à Caen puis à Aix-en-Provence, il obtient son doctorat en 1982 et est habilité à diriger les recherches depuis 1997. Auteur de nombreuses publications, il est directeur de recherche au CNRS au Laboratoire d’économie et de sociologie du travail (Lest), à Marseille.

Retrouvez tout l’entretien et bien plus sur le site du journal L’Humanité

« Venez comme vous êtes » un temps gratuit de rencontre dans le dunkerquois

A la suite de la dynamique Diaconia 2013 sur le service du frère, un groupe du littoral dunkerquois décide de poursuivre l’aventure avec le soutien de la Mission Ouvrière. Ils ont écrit quelques mots pour partager leur démarche qui se poursuit de rencontre en rencontre :

vcveNotre fraternité, soutenue par notre doyen et le conseil du doyenné Littoral dunkerquois ouest, s’était posé bien des questions pour savoir comment « SE METTRE A LA FRATERNITE » après l’aventure de Diaconia Lourdes 2013, une expérience tellement riche de la rencontre des personnes qui vivent une fragilité.

Il nous fallait proposer un lieu où on parle de la fraternité que l’on vit, de celle que l’on aimerait vivre… nous avons appelé ces rendez-vous : « Venez comme vous êtes » : une rencontre, la plus simple possible, qui permet aux personnes d’échanger sans « prise de tête ».

Pour amorcer le débat, parfois, nous « jouons » des petits sketchs, souvent humoristiques, racontant des histoires, des expériences qui nous sont arrivées ; ou bien des phrases, des dessins sont mis à disposition, puis, la discussion vient naturellement. Les sujets déjà abordés ont été :
« L’accueil », « Chacun a du talent », « Quels mots, quels gestes nous font vivre la fraternité? », « Être frères, toujours et partout …? », « C’est la joie, à rire et même à pleurer… En tous lieux ? A tout moment ? » « Vérité ? Mensonges… et la fraternité ? » « Migrants, venez comme vous êtes » « la fraternité et les médias, pour ou contre ? », « Quel(s) progrès pour quelle(s) fraternité ? », « le changement c’est maintenant », « Élire sans délires ».

Nos rencontres se font de 18h00 à 20h00 ; la soirée se poursuit avec ceux qui le désirent par un repas partage « à la bonne franquette » ce qui prolonge les échanges.
Notre équipe a pris le parti d’essayer de faire ces rencontres dans des habitations, plus chaleureuses, plutôt que dans des locaux paroissiaux et de faire le tour des différentes paroisses du doyenné en proposant du covoiturage.

Notre expérience

Les personnes qui sont venues aux quatre premiers rendez-vous étaient des personnes en relation avec des gens vivant la précarité ; nous avons ainsi remarqué qu’un lieu de partage était nécessaire aussi pour ces personnes.

La cinquième rencontre a permis une prise de contact avec cinq personnes vivant la précarité. Le thème en était « (la fraternité) C’est la joie à rire et même à pleurer. En tous lieux, à tout moment ? » ; La première prise de parole a été : « Depuis que je suis sorti d’incarcération, je n’ai plus envie de rire… ». La personne s’est détendue par la suite en nous disant que ça allait beaucoup mieux.

Il faut donc du temps et de la constance dans les invitations pour qu’elles portent un peu de fruits : nous avons commencé ces rencontres en avril 2014.

Le repas partagé, avec ce que les uns et les autres ramènent, est un temps, lui aussi très fraternel ; des personnes venant pour la première fois et pas toujours au courant restent la plupart du temps avec le groupe pour manger.

Notre équipe de préparation est composée de : Gillette, Christian, Viviane et de notre Doyen Gérard De Riemaecker

Téléchargez leur plaquette de témoignage : venez-comme-vous-e%cc%82tes-fevrier-2017

Epuisé par l’engagement ? Le conseil de l’apostolat des laïcs du diocèse de Lille réfléchit et propose

Samedi 11 février 2017, la neige qui s’abat sur le parvis de la cathédrale Notre Dame de la Treille de Lille n’a pas freiné les participants au Conseil de l’Apostolat des Laïcs du diocèse de Lille qui sont venus nombreux pour leur unique rencontre cette année. Une quarantaine de représentants des différents mouvements, services et associations de fidèles se pressent dans la grande salle de la Maison de l’Apostolat des Laïcs. Parmi eux, Stéphane, le délégué diocésain à la Mission Ouvrière mais aussi Nadine et Marie Françoise de l’Action Catholique Ouvrière (ACO).

Jean Marc Bailleul, le délégué de l’évêque aux mouvements et associations de fidèles (DEMAF) ouvre la rencontre entouré des membres du bureau de l’apostolat des laics où siège Amélie Vanackère, également membre de l’ACO. Au cœur de la matinée une thématique inhabituelle « le ressourcement des responsables de nos mouvements ». Cette année le renouvellement des membres du bureau de l’apostolat des laïcs fut difficile. Il y a eu de nombreux refus aux appels lancés, souvent pour de bonnes raisons. Parmi elles l’épuisement du à de précédentes responsabilités ecclésiales et associatives. La question se pose donc à tous les responsables de l’Église : Est ce que nous essorons nos responsables au point qu’ils ne puissent plus s’engager durablement ? Comment leur permettre de se ressourcer et de vivre un engagement tout au long de la vie ?

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Après un tour de table de présentation et un temps de prière, la parole est donnée à deux témoins. Xavier qui fini une responsabilité nationale aux Chrétiens en Monde Rural (CMR) et Gérard qui débute sa responsabilité de président du CCFD.

Deux témoignages forts 

Xavier, enseignant, militant au CMR depuis 1997, fortement engagé dans le monde scolaire vient de quitter sa responsabilité de président national du CMR rappelle que « Quand on est responsable, on veut être proposant, s’investir et ça use forcément un peu ». La responsabilité est donc usante et la personnalité y joue un rôle : « J’ai du mal a déléguer. On a toujours l’esprit en marche. On se réveille en pleine nuit avec une idée et elle ne vous quitte plus. En plus, j’ai du mal a ne pas prendre les critiques pour moi. Je sais que c’est des décisions collectives assumées ensemble mais les critiques font toujours un peu mal personnellement ». Xavier confie « ma fatigue en fin de mandat m’a fait arrêter des activités importantes pour moi comme la photo. Je donnais des cours de photos mais je n’en faisais presque plus. J’ai du réapprendre a prendre du temps pour ça. Et c’est pas simple ». « Je ne regrette pas d’avoir été président mais ça m’a permis de prendre conscience de mes limites. Je crois que j’ai fait de belles choses même si ça demande de faire des choix difficile. Il y a quelques petits cailloux dans la chaussure mais ce fut une belle expérience ».

Gérard a une longue expérience dans la finance solidaire appelé à devenir le nouveau président diocésain du Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD) il a dicerné à la manière de Saint Ignace de Loyola « Je me suis dis pourquoi aller me mettre dans cette galère ? Mais il faut savoir accueillir un appel. J’ai pris une journée à la montagne pour y penser. J’ai discerné que c’est un appel du Christ qui colle au fil rouge de ma vie : les pays en développement ». Pour garder un équilibre, Gérard insiste sur l’accompagnement « J’ai trois accompagnements : un spirituel avec un jésuite, un par l’aumônier du CCFD et un de mon épouse qui me connaît comme personne ». Il propose l’image du trépied : « dans la vie il faut être soi, être avec et être pour. C’est un trépied qui permet de tenir débout. Je compte bien être attentif à cet équilibre ».

Des propositions pour un engagement durable

Suite à ces témoignages, les membres du conseil de l’Apostolat des Laïcs se sont réparti en petits groupe pour partager les situations vécues, les lieux et moyens de ressourcement et les limites de ceux-ci. Enfin chacun a émit des propositions pour favoriser les ressourcement des responsables des mouvements, services et associations. Une mise en commun a permit de faire apparaître quelques idées fortes :

  • Proposer des temps de relecture et de prise de recul : retraite spirituelle, reprises, relectures
  • Faciliter la mission des responsables en leur donnant les moyens de réussir : finances, locaux mais aussi formation aux outils, à la communication et au management
  • Veiller à l’équilibre de vie : en basant l’appel à la responsabilité sur une relecture de toute la vie, pas que de l’engagement et en ayant des temps de détentes dans la responsabilité.
  • Proposer un parcours de responsabilité équilibré : par exemple en alternant des responsabilités politiques (de direction) avec des responsabilités techniques (de support, moins fortes).

La Mission Ouvrière veut être très attentive a ces questions et propositions. Nos mouvements ont la chance d’avoir des responsables qui vivent la révision de vie. Elle est le lieu privilégié pour donner du sens et veiller à un équilibre. Mais il y a un besoin important de renouvellement qui doit donner le courage aux acteurs de la Mission Ouvrière d’oser la visibilité, l’invitation et la formation massive de nouveaux militants.

Le conseil s’est clôt par un échange sur les documents issu du dernier synode provincial qui se diffuse et se met en œuvre aussi dans les mouvements et associations.

Relire son engagement auprès des migrants avec l’ACO, le Secours Catholique et la pastorale des migrants

Le diocèse de Lille est à la croisée des routes de nombreux migrants, réfugiés, roms, sans papiers… Fuyant la guerre, la misère et les persécutions, ils prennent la route et la mer au péril de leur vie et arrivés en Europe, le combat est loin d’être fini car le dénuement, l’isolement, le racisme et les violences leur barrent encore la voie vers une vie digne. Face à cela, les chrétiens refusent de rester indifférents. Ils sont nombreux a s’engager pour soutenir et aider ces personnes.

Un bel engagement mais un engagement difficile qui demande sans cesse de recommencer et de reconstruire des liens, des démarches, des explications… Pour tenir, il est important de relire cette expérience.

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Le Secours Catholique, l’Action Catholique Ouvrière (ACO) et la Pastorale des Migrants organisent deux jours (au choix) de relecture pour les personnes engagées auprès des migrants (Roms, sans papiers, réfugiés…) : Samedi 18 mars ou vendredi 31 mars

Téléchargez l’invitation : invitation-relecture-benevoles-migrants-du-18-ou-31-mars-2017

Pour plus d’infos, vous pouvez joindre les organisateurs :
Jean Flamen 06.14.55.41.29 – Philippe Blot 06.45.53.08.83 – Corinne Hatte : 06.75.95.25.34

Inscrivez vous de préférence avant le 11 mars à philippe.blot@secours-catholique.org, par courrier 17 quai de Mardyck 59140 Dunkerque ou par SMS aux organisateurs.

Extrait du livret : « Voir, s’émouvoir, s’approcher, prendre soin…ensemble » :

Relire suppose une action, un engagement qui nous questionne, nous déplace…
Relire, c’est lire à nouveau ce que nous avons vécu, se poser les questions de notre action (Pourquoi mon engagement? Suis-je seul dans cette action? Faut-il agir autrement? Comment agir?…)
Relire avec d’autres pour échanger, partager notre expérience, notre vécu… ne pas se retrouver seul.
Relire, c’est mettre la bataille de côté et regarder où nous allons…
Relire à la lumière des textes évangéliques : chrétiens, comme d’autres, nous nous engageons auprès des plus petits. Pour nous, en reliant notre action et l’Evangile, avec d’autres, ensemble, nous découvrons que nous construisons le Royaume de Dieu. »

« Changer de regard pour vivre ensemble » : Récollection de l’ACO lilloise le 19 mars 2017

Récollection ? Quelle mot bizarre ! Ça pourrait être une collection qu’on a fini et qu’on recommence juste pour le fun… Mais non, une récollection est une journée de partage autour de la parole de Dieu. Une sorte de mini-retraite spirituelle où chacun est invité à faire le lien entre la vie quotidienne et sa foi. Une halte pour repartir plus fort dans le combat ordinaire.

sans-titreCette année l’Action Catholique Ouvrière (ACO) de l’agglomération lilloise vous propose de vivre cette halte ensemble le dimanche 19 mars de 9h30 à 16h30 au Séminaire de Lille (74 Rue Hippolyte Lefebvre à Lille).

Une récollection sur le thème « Changer de regard pour mieux vivre ensemble ». Une journée pour se poser sur les situations de fragilité que chacun rencontre dans sa vie et celle de ceux qui l’entoure. Ces situations de vie seront misent en lumière par le texte de l’évangile de Jean sur la rencontre entre Jésus et la femme adultère que tous condamnent (Jean 8;1-11). Les partages seront suivis d’une célébration.

Cette récollection sera aussi l’occasion de beaux moments de convivialité et de bonnes tranches de rigolades ! Une journée gratuite dont le repas sera une auberge espagnole, chacun est donc invité à apporter un plat et une boisson qui seront partagés. L’ACO s’occupe du dessert.

Inscrivez vous auprès de Xavier au 03.20.54.37.47 ou 06.43.43.51.16 ou aco.lille@orange.fr

Téléchargez l’invitation : invitation-reco-2017-a4

Et en avant première mondiale, découvrez le texte d’évangile de la journée :
Quant à Jésus, il s’en alla au mont des Oliviers. Dès l’aurore, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner. Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu’on avait surprise en situation d’adultère. Ils la mettent au milieu, et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, que dis-tu ? ». Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus s’était baissé et, du doigt, il écrivait sur la terre. Comme on persistait à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. ». Il se baissa de nouveau et il écrivait sur la terre. Eux, après avoir entendu cela, s’en allaient un par un, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme toujours là au milieu. Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? ». Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »
Évangile selon St Jean 8;1-11

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Illustration du récit de la femme adultère de l’évangile de St Jean
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Viviane Benoît, Mission Ouvrière du littoral dunkerquois : « la révision de vie, ça fait rêver »

« En réalité, aimer, cela nécessite des bagarres. Aimer, c’est créer des relations toujours plus intenses avec les gens. Les luttes ne suppriment pas l’Amour, bien au contraire. » écrivait René Carême en parlant de sa foi. Ce militant ouvrier et chrétien fut responsable de la JOC, syndicaliste et maire de Grande Synthe. Grande Synthe, la ville d’Usinor, la ville ouvrière. Mais aussi la ville de Viviane Benoît, militante de l’Action Catholique Ouvrière, missionnée pour la Mission Ouvrière du littoral dunkerquois. Portrait.

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« Grande Synthe était un petit village qui a construit massivement pour accueillir les travailleurs de la sidérurgie. On a à la fois la chance du métissage et les inconvénients d’un ghetto. Certains lui font mauvaise presse mais c’est une ville où l’on vit bien. Il y a eu beaucoup de réhabilitation » confie Viviane, souriante, un café à la main. Cette ville, elle la connaît bien pour y avoir grandit et y vivre encore aujourd’hui mais aussi pour l’avoir en partie bâtie. Dessinatrice en bâtiment, elle a travaillée pendant 12 ans à l’aménagement du quartier Courghain. « Mais c’est presque tout le littoral qui est ouvrier » poursuit Viviane en citant les nombreuses usines et entreprises installées en bord de mer et les villes qui en dépendent : Saint Pol, Loon, Gravelines, Fort Mardryck . « L’industrie et le port restent le cœur de l’emploi du territoire » confirme elle en partageant la situation de son mari qui travaille dans une usine d’aluminium avant d’ajouter «  Mais on a perdu certaines usines comme BP et Total ».

Comme dans de nombreux territoires industrielles, le chômage et la précarité sont venus bouleverser la vie des habitants qui doivent se plier aux exigences de flexibilité et de compétitivité d’une économie qui a perdu tout bon sens. « Le chômage m’a marqué. Aujourd’hui ce sont les clients qui font le travail et qui paie pour ça. Il fait le plein à la place du pompiste. Il passe à la caisse à la place de la caissière… C’est des emplois en moins et ça va continuer. Tout ça c’est des personnes mises à la marge. C’est fou cette société où tu as beau chercher, tu as beau te former, tu ne trouves pas d’emploi ! ». Viviane connaît bien ces situations. Plusieurs fois licenciée économique dans le BTP, elle s’est formée et s’est reconvertie dans l’infographie puis l’animation sociale avant d’être appelée par le diocèse pour la Mission Ouvrière du littoral dunkerquois.

Une mission qui est le fruit d’un cheminement personnel et collectif fort. « Je ne suis pas issue d’une famille militante ou croyante. C’est un engagement que j’ai construit avec les copines. En fréquentant des militants, j’ai découvert l’engagement. Ça fait une douzaine d’année que je suis en Action Catholique Ouvrière (ACO). La révision de vie, ça me faisait rêver ! Raconter sa vie en confiance, ce n’est pas une expérience banale ». Un parcours également marqué par le cheminement spirituel de sa famille. Mariée, mère de deux grands enfants, Viviane les a baptisé et les a accompagné à l’éveil à la foi puis au catéchisme où elle s’est investie et où elle a lié de belles amitiés.

Avec l’équipe de Mission Ouvrière composée de Gérard, Damien, Nadine, Cécile et Jacques, Viviane s’attelle a relever de nouveaux défis :  » On est en train de refonder l’Action Catholique des Enfants (ACE). Plusieurs dizaines d’enfants viennent quand ont organise des garden party mais passer à une vie de club régulière c’est plus dur alors il faut persévérer. Ça me tient à cœur car quand l’ACE redémarre c’est tout le reste qui suit. C’est aussi le cas avec la JOC qui renaît sur le territoire et qui est très dynamique « .

Une équipe qui croit dans le lien entre les initiatives et dans l’investissement dans la vie locale à l’image de la fête de la fraternité qui a eu lieu en octobre 2016 à Cappelle la Grande, de la fête de Noël en Mission Ouvrière, des rencontres « Venez comme vous êtes » qui font suite à Diaconia ou des rencontres « chantier migrants ». Mais aussi une volonté de se former et de donner du sens en préparant un cycle de formation pour les chrétiens en quartier populaire (le SIFAS QP) et par un atelier lecture autour du livre « Notre bien commun ».

Dessinatrice et amoureuse des arts graphiques, Viviane a une attention particulière à la communication. « On a besoin d’être plus visible à l’extérieur. D’oser se montrer pour parler de la vie. C’est un vrai changement de culture pour la Mission Ouvrière ». Un autre chantier au service des personnes du milieu ouvrier.

GREPO : une révision de vie pour relire la mission en quartiers populaires

logo_grepoLe Groupe de Recherche et d’Étude en Pastorale Ouvrière soutient depuis de nombreuses années tous les acteurs de l’évangélisation en milieu ouvrier et quartiers populaires.

Par la relecture des initiatives locales, les recherches thématiques et la créations d’outils, le GREPO offre plus qu’une boite à outils, un véritable soutien pour des personnes missionnées parfois isolées sur leur territoire.

C’est dans cet esprit que le GREPO propose aux personnes missionnées en quartiers populaires une révision de vie pour relire leur mission de terrain. Une occasion de se réunir avec d’autres acteurs de la Mission en quartiers populaires pour faire le point et se lancer de nouveaux défis. Cette révision de vie est disponible auprès des trois équipes GREPO du diocèse (Lille, Tourcoing et Dunkerque).

Téléchargez la révision de vie ici : rdv-paroisses-et-quartiers-populaires-17-01-17-1

4 février 2017 : Le diocèse de Lille parie sur les quartiers populaires

Dans le diocèse de Lille, plus de 400.000 personnes vivent en quartiers populaires. Des cités minières d’Ostricourt aux immeubles de Grande Synthe en passant par les courées lilloises et roubaisiennes, cette réalité est majeure et elle est une priorité pour le diocèse de Lille.

Une priorité pleinement incarnée par la Mission Ouvrière et ses composantes qui agissent quotidiennement au cœur de ces quartiers. Mais une priorité n’est pas et ne doit pas être une exclusive d’une partie de l’Église. Toute l’église est appelée à s’y mettre !

C’est dans cet esprit que le diocèse de Lille a organisé une grande journée de partage et de recherche pastorale sur la mission en quartiers populaires par l’action fraternelle le samedi 4 février 2016 à l’accueil Marthe et Marie de Lomme.

Pourquoi par l’action fraternelle ? Parce que les quartiers populaires concentrent de grandes difficultés humaines, économiques et sociales. Face à ces souffrances, l’Église ne veut pas se contenter d’offrir un palliatif spirituel aux souffrances humaines. Elle invite chaque chrétien à mener des actions fraternelles au cœur de la vie des hommes. Des initiatives porteuse de la Bonne Nouvelle.

160 participants et une pédagogie de l’écoute

Plus de 160 participants ont répondu présents à cette journée de formation. Parmi eux un grand nombre d’acteurs de la Mission Ouvrière qui sont venus créer des liens et partager leur goût de la mission et de l’action militante.

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Des 9h00 on se presse autour de la table d’inscription et des thermos de café adjacents qui attendent les participants. Les premières discutions doivent laisser place au lancement de la journée à 10h00. Le père Bruno Cazin, vicaire général, prend alors la parole « Il faut lever les barrières à la mission en quartiers populaires. Pour nous aider il y a l’Esprit Saint mais il y a aussi chacun de vous ! ». Avant de donner la question centrale de la journée « Comment encourager la Mission en quartiers populaires par l’action fraternelle en Église avec tous les acteurs de terrain ? »

Stéphane et Frédéric, animateurs de la journée et acteurs des ateliers d’Humanicité, introduisent un temps de silence priant puis répartissent la salle en deux parties avec d’un coté ceux qui agissent déjà en quartiers populaires et de l’autre ceux qui ne le font pas encore. Enfin tout le monde est réparti en petits groupes de six.

Alors, les échanges peuvent commencer ! Chacun est invité a partager son vécu en quartiers populaires, ses motivations pour agir, ses idées. La pédagogie un peu martiale limite les temps de parole mais permet a chacun de donner son avis sans crainte du jugement des autres.

Pour la plupart des personnes présentes les raisons de leur présence sont évidentes : « Je suis engagé en quartier populaire parce que j’y vis et que mes proches y vivent », « Je viens du milieu ouvrier et je veux rester fidèle à mes origines ». D’autres évoquent les convictions « Il y a une solidarité a vivre dans ces quartiers », « C’est là que Dieu nous appelle à être ».

Quand on évoque ce qui fait tenir les participants dans leurs engagements la foi est la première réponse et le collectif vient tout de suite après. Certains mettent en avant leur volonté de vivre la fraternité, d’autres celle de changer le monde. Des convictions solidement ancrées dans des parcours de vie divers. Mais ce n’est pas un chemin sans difficultés. Une participante confie « ce qui me fait renoncer parfois c’est l’isolement. C’est dur de tout porter toute seule ». Une autre ajoute « moi c’est la violence qui est permanente dans mon quartier ». Être reconnue par l’Église comme des responsables à part entière et des acteurs de la mission revêt alors une importance primordiale. « Nos quartiers ont une telle image négative partout, c’est important que l’Église ne tombe pas dans ces stéréotypes et s’engage avec nous ».

Des territoires, un milieu ouvrier, des perspectives

Les échanges laissent place à l’intervention du théologien jésuite Alain Thomasset qui insiste sur la réalité de classe sociale plus que sur le territoire des quartiers populaires en mettant en avant les situations de pauvretés et ce à quoi elles invitent l’Église. Après un échange de questions/réponses avec la salle vient l’heure du déjeuner. Il sera partagé avec Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Lille, venu rencontrer les participants et prendre le pouls des acteurs de l’Église en quartiers populaires.

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Au retour du repas, Alain Thomasset en remet une couche dans une intervention ciblée sur les manières de rendre visible la présence de Dieu en ce monde. Puis les participants se réunissent en doyenné et se projettent dans l’avenir. Chacun partage ses trucs et astuces pour investir les lieux de vie de nos quartiers pour créer du lien et mener avec d’autres des actions de fraternité porteuses de l’Évangile. Les propositions sont aussi nombreuses que les personnes et les territoires. Elles seront bientôt réunies sur un document qui sera envoyé à chaque participants.

Une belle célébration de la Parole vient clore la journée dans la chapelle de l’accueil Marthe et Marie. Mgr Gérard Coliche, évêque auxiliaire, envoie les participants en mission en martèlera le sol de coup de pied pour signifier l’importance de l’enracinement des chrétiens dans les quartiers populaires et en appelant chacun à dépasser ses limites au service de nos frères.

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