Pape François : Prendre soin des victimes du capitalisme ne suffit pas, il faut changer de système !

Recevant samedi 4 février en audience 1 100 acteurs de l’économie de communion, rassemblés à Rome par le mouvement des Focolari, le pape François s’est, une nouvelle fois, livré à une sévère critique du système économique mondial, exaltant l’action de ces entrepreneurs qui mettent en avant « la communion des biens, des talents et des profits ». Nous vous invitons a lire cet extrait du discours du pape François, traduit de l’italien par nos soins.

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Je l’ai souvent parlé de l’argent comme d’une idole. La Bible nous le dit de différentes façons. Sans surprise, la première action publique de Jésus, dans l’Évangile de Jean, est l’expulsion des marchands du temple (cf. 2,13 à 21). Vous ne pouvez pas comprendre le nouveau royaume apporté par Jésus si vous n’êtes pas libre des idoles, l’une des plus puissantes est l’argent. Comment, alors, peut-on être un marchand sans être chassé par Jésus ?

L’argent est important, surtout quand on n’en a pas et que la nourriture, l’école et le futur des enfants en dépend. Mais il devient une idole quand il devient la finalité. L’avarice, qui n’est pas par hasard un péché capital, est péché d’idolâtrie car l’accumulation d’argent pour soi devient la fin de son action. Jésus nous dit que l’argent peut devenir le maître : « Nul ne peut servir deux maîtres ». Il y en a donc deux: Dieu ou l’argent, l’anti-Dieu, l’idole. Jésus les met au même niveau pour nous demande de choisir. Pensez à ce sujet.

Quand le capitalisme fait de la recherche du profit son unique but, il devient une structure idolâtrique, une forme de culte. La déesse « Fortune » est de plus en plus la nouvelle divinité d’une certaine finance et de tout ce système hasardeux qui détruit des millions de familles à travers le monde, et que vous combattez à juste titre. Ce culte idolâtre est un substitut de la vie éternelle. Les produits individuels (voitures, téléphones …) vieillissent et deviennent obsolètes mais avec de l’argent ou le crédit, je peut immédiatement en acheter d’autres, c’est l’illusion de vaincre la mort.

Nous pouvons comprendre, alors, la valeur éthique et spirituelle de votre choix de mettre les profits en commun. La meilleure et la plus concrète des manières pour ne pas faire de l’argent une idole est de le partager, le partager avec d’autres, surtout avec les pauvres, ou de donner les moyens à des jeunes d’étudier et de travailler. C’est une victoire sur la tentation idolâtrique par la communion. Lorsque vous partagez et donnez vos profits, vous faites une action de haute spiritualité, en disant par des actes à l’Argent: tu n’es pas Dieu, tu n’est pas le maître ! N’oubliez pas la haute philosophie et la haute théologie que nous enseignaient nos grands-mères en disant « Le diable vient des poches ». Ne l’oubliez pas!

La deuxième chose que je veux vous dire concerne la pauvreté, un thème central dans votre mouvement.

Aujourd’hui, on met en œuvre de nombreuses initiatives, publiques et privées, pour lutter contre la pauvreté. Et tout cela, fait grandir l’humanité. Dans la Bible, les pauvres, les orphelins, les veuves, les « déchets » des sociétés de ce temps, étaient aidés par la dîme et les taxes sur le grain. Mais la plupart de ces gens restaient pauvres, ces aides ne suffisaient pas à les nourrir et les guérir tous. Les « déchets » de la société restaient nombreux.

Aujourd’hui nous avons inventé d’autres manières pour soigner, nourrir, instruire les pauvres, et quelques-unes des graines de la Bible ont fleurit en institutions plus efficaces que les anciennes.
Les taxes et impôts trouvent leur raison d’être dans cette solidarité, qui est niée par l’évasion et l’escamotage fiscal, qui, avant d’être des actes illégaux sont des actes qui nient la loi fondamentale de la vie : le secours réciproque.

Mais – et je ne le dis pas assez – le capitalisme continue à produire des « déchets » qu’il voudrait ensuite soigner. Le principal problème éthique de ce capitalisme est qu’il créer des déchets et puis essaye de les cacher ou de les traiter pour ne plus qu’on les voit. Une forme grave de pauvreté d’une civilisation est ne pas réussir à regarder ses pauvres, mais a préférer les cacher avant de les jeter.

Les avions polluent l’atmosphère, mais avec une petite partie de l’argent du billet on va planter des arbres pour compenser les dommages créés. Les sociétés de jeux de hasard financent des campagnes pour traiter les joueurs pathologiques qu’ils créent. Et le jour où les entreprises d’armement financeront des hôpitaux pour soigner les enfants mutilés par leurs bombes, le système aura atteint son apogée. Ceci est une hypocrisie !

L’économie de communion, s’il veut être fidèle à son charisme, ne doit pas seulement prendre soin des victimes, mais construire un système où les victimes sont de moins en moins nombreuses, où peut-être qu’il n’y en aura plus. Tant que l’économie continuent de produire une victime, tant qu’il y aura une personne jetée, la communion n’aura pas encore été mise en œuvre, la fête de la fraternité universelle ne fera pas le plein.

Nous devons donc chercher à changer les règles du système économique et social.

Retrouvez l’intégralité du discours du pape François sur le site du Saint Siège

Un article du journal La Croix apporte également un bel éclairage.

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