La sainteté vue par le Pape François : toujours donner la priorité aux plus petits

La sainteté pour les nulsLe 19 mars 2018, le pape François a fait paraître une exhortation apostolique baptisée « Gaudete et exsultate » sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel. Ce n’est ni un traité philosophique sur la sainteté, ni une leçon de vie. C’est un appel à tous et à toutes à devenir saint avec quelques pistes concrètes à vivre au jour le jour. « Dieu veut que nous soyons saints et il n’attend pas de nous que nous nous contentions d’une existence médiocre, édulcorée, sans consistance » nous rappelle le pape qui nous propose donc un petit guide de la sainteté pour les nuls afin d’y parvenir.

Certaines des pistes concrètes que propose le pape François ont un sens particulier pour les personnes du milieu ouvrier et des quartiers populaires : refuser la société de consommation, construire un monde radicalement différent, refuser la méritocratie, rester humble et ouvert aux autres…

Régulièrement, la Mission Ouvrière du diocèse de Lille vous proposera une relecture de cette exhortation apostolique avec un regard venu d’en-bas, du milieu ouvrier et des quartiers populaires. Commençons par le plus important : la priorité donnée aux plus petits.

Riches en argent et en connaissances : c’est mal barré pour vous !

Le pape François commence par rappeler que la sainteté n’est pas que l’affaire de grands personnages de l’histoire, riches et puissants. Elle est aussi est surtout présente chez les plus petits. Il parle des « saints de la porte d’à côté ». Une sainteté simple accessible à tous. « Cette sainteté à laquelle le Seigneur t’appelle grandira par de petits gestes » comme un parent qui prend le temps d’écouter un enfant, un travailleur qui met du cœur à l’ouvrage au service de ses frères…

Cette simplicité du cœur, ce chemin vers la sainteté n’est pas facile. Il demande de faire une place à Dieu et au prochain dans son cœur et dans sa vie. Le pape reconnaît que c’est une chose difficile en particulier pour les riches : « Les richesses ne te garantissent rien. Qui plus est, quand le cœur se sent riche, il est tellement satisfait de lui-même qu’il n’y a plus de place pour la Parole de Dieu, pour aimer les frères ni pour jouir des choses les plus importantes de la vie. Il se prive ainsi de plus grands biens ».

Le pape ne parle pas que des richesses financières mais aussi de la mauvaise utilisation des richesses en connaissances et en relations sociales : « Il se produit fréquemment une dangereuse confusion : croire que parce que nous savons quelque chose ou que nous pouvons l’expliquer selon une certaine logique, nous sommes déjà saints, parfaits, meilleurs que la « masse ignorante ».

Les personnes du milieu ouvrier et des quartiers populaires ont l’habitude d’entendre des gens riches et bien éduqués leur expliquer pourquoi il est bon, juste et raisonnable de fermer leur entreprise, de baisser leurs salaires, de leur faire faire des stages non rémunérés, de fermer des écoles ou des services publics… Et on leur rappelle gentiment que c’est normal s’ils ne comprennent pas car c’est un sujet compliqué.

Le pape François balaie ces raisonnements d’un revers de main et rappelle qu’avoir un bac +9 en politique ou en théologie ne rapproche ni de la vérité, ni de Dieu : « Grâce à Dieu, tout au long de l’histoire de l’Église, il a toujours été très clair que la perfection des personnes se mesure par leur degré de charité et non par la quantité des données et des connaissances qu’elles accumulent ».

Les plus petits : en pôle positon de la sainteté

Dans la grande compétition économique mondialisée, nos gouvernements ont trop souvent pointés du doigt les travailleurs humbles, les chômeurs, les précaires, les migrants, les pauvres, bref les petits comme étant les responsable de la crise. Ils ne sont pas assez compétitifs, pas assez formés, pas assez flexibles… Ils retardent les « premiers de cordée ». Et ceux qui les défendent (associations, syndicats…) sont des utopistes d’un autre temps. Face à cette idéologie le pape nous rappelle que ces plus petits, qui sont considérés comme des boulets par certains dirigeants, sont en pole position de la sainteté aux yeux de Dieu : « en chaque frère, spécialement le plus petit, fragile, sans défense et en celui qui est dans le besoin, se trouve présente l’image même de Dieu. En effet, avec cette humanité vulnérable considérée comme déchet, à la fin des temps, le Seigneur façonnera sa dernière œuvre d’art ».

Pas de sainteté sans la justice pour les plus petits

En reprenant les béatitudes, le pape clame « Rechercher la justice avec faim et soif, c’est cela la sainteté »! Ce combat pour la justice « commence à devenir réalité dans la vie de chacun lorsque l’on est juste dans ses propres décisions, et elle se manifeste ensuite, quand on recherche la justice pour les pauvres et les faibles ».

Ce combat pour la justice « implique une saine et permanente insatisfaction. Bien que soulager une seule personne justifierait déjà tous nos efforts, cela ne nous suffit pas. […] il ne s’agit pas seulement d’accomplir quelques bonnes œuvres mais de rechercher un changement social »

Car, comme l’a déjà dit le pape François aux participants à la rencontre « Économie de Communion » du 5 février 2017 : « On ne le dira jamais assez, le capitalisme continue à produire les « mis à l’écart » qu’ensuite il voudrait soigner. Le principal problème éthique du capitalisme est la création des mis à l’écart pour ensuite chercher à les cacher ou les soigner pour qu’on ne les voit plus ».

Dans l’Eglise : mettre les plus petits aux premières places

Mais ce chemin de sainteté n’est pas qu’un combat politique ou social, c’est aussi un combat personnel, spirituel et ecclésial. Le pape redit son attachement à ce que l’Église soit le lieu où les plus petits soient aux première places : « Quand tu sens la tentation de t’enliser dans ta fragilité, lève les yeux vers le Crucifié et dis-lui : ‘‘Seigneur, je suis un pauvre, mais tu peux réaliser le miracle de me rendre meilleur’’. Dans l’Église, sainte et composée de pécheurs, tu trouveras tout ce dont tu as besoin pour progresser vers la sainteté ».

L’Église de France a créée la Mission Ouvrière pour que les personnes du milieu ouvrier et des quartiers populaires puissent découvrir et faire grandir leur foi dans un lieu d’Église où ils sont à la première place, où ils seront libre de trouver leur chemin vers la sainteté.

Ce défi, le pape le lance à toute l’Église. Et « défi » est bien le mot ! Quand on sait que seulement 1% des participants aux JMJ ont au moins un parent ouvrier ou au moins un parent au chômage et que dans le même temps plus de la moitié d’entre-eux sont des enfants de cadres supérieurs. On prend conscience de l’urgence pour l’Eglise a se lancer à la rencontre des périphéries. Pour le pape, ce sont des terrains difficiles mais prioritaires : « Nous avons besoin de l’impulsion de l’Esprit pour ne pas être paralysés par la peur et par le calcul, pour ne pas nous habituer à ne marcher que dans des périmètres sûrs. Souvenons-nous que ce qui est renfermé finit par sentir l’humidité et par nous rendre malades ».

Dieu est aux périphéries : rejoignez le !

Le pape François lance enfin cet appel vibrant aux chrétiens « Dieu est toujours une nouveauté, qui nous pousse à partir sans relâche et à nous déplacer pour aller au-delà de ce qui est connu, vers les périphéries et les frontières. Il nous conduit là où l’humanité est la plus blessée et là où les êtres humains, sous l’apparence de la superficialité et du conformisme, continuent à chercher la réponse à la question du sens de la vie. Dieu n’a pas peur ! Il n’a pas peur ! Il va toujours au-delà de nos schémas et ne craint pas les périphéries. Lui-même s’est fait périphérie (cf. Ph 2, 6-8 ; Jn 1, 14). C’est pourquoi, si nous osons aller aux périphéries, nous l’y trouverons, il y sera. Jésus nous devance dans le cœur de ce frère, dans sa chair blessée, dans sa vie opprimée, dans son âme obscurcie. Il y est déjà ».

L’exhortation apostolique « Gaudete et exsultate » sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel offre de nombreuses pistes pour cheminer vers une vie plus heureuse et plus sainte. Et la place première des plus petits y a une grande place. Laissons nous convertir par cet appel !

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