Place à un soin plus humain : Les meilleurs moments de l’action symbolique du 10 octobre 2020 !

Après deux semaines de pluies, le ciel de Roubaix s’est éclaircit ce 10 octobre 2020 pour faire bon accueil à la centaine de personnes venues participer à l’action symbolique « Place à un soin plus humain ». Venus des quatre coins du diocèse de Lille, ils ont bravé le froid automnal et la peur du Covid-19 pour dire, ensemble, leur soutien aux acteurs du travail social et de la santé, pour dénoncer les dérives d’un système de soin de moins en moins humain et pour porter une espérance : remettre la personne humaine au cœur du soin. Pour cela, la Mission Ouvrière du diocèse de Lille les a invités à baptiser symboliquement une place de la ville de Roubaix en l’honneur des acteurs du soin.

Deux années à l’écoute des acteurs du soin

Cette action symbolique est le fruit de deux années d’écoute et de travail de la Mission Ouvrière du diocèse de Lille avec les acteurs du soin. Tout débute en octobre 2018, quand la Mission Ouvrière, le service de l’Église catholique dédié aux personnes du milieu ouvrier et des quartiers populaires, relit les témoignages issus de deux relais de l’Action Catholique Ouvrière : le relais « santé » de Lille et le relais « travailleurs sociaux » d’Hazebrouck. La Mission Ouvrière prend conscience des grandes situations de souffrance qui s’y expriment. Des situations diverses qui vont du simple mal-être au travail jusqu’au suicide, à l’épuisement professionnel ou à la dépression. Interpellée par ces situations, le conseil diocésain de la Mission Ouvrière décide de lancer la démarche « Travail soigné ? » afin de mieux comprendre pourquoi des métiers si humains et si utiles conduisent à de si nombreux cas de souffrances.

Pendant plus d’un an, au travers de pansements de témoignages, la Mission Ouvrière et ses partenaires (pastorale de la santé, pastorale des migrants…) va recueillir plusieurs centaines de témoignages de travailleurs de la santé (aide à domicile, infirmier, ambulancier…), de professionnels du travail social (éducateur, assistant social, conseiller en insertion…), de bénévoles engagés dans des associations et d’aidants familiaux.

Des témoignages qui retournent le cœur

Dans ces témoignages, les acteurs du soin partagent leur joie de remettre des personnes debout et d’être utile à leur prochain. Mais ils témoignent aussi de situation de souffrances, de violence, de harcèlement et de maltraitance qui retourne le cœur. Lors de l’action symbolique du 10 octobre 2020, la Mission Ouvrière a voulu faire entendre cette réalité. C’est pourquoi l’action a débutée par la lecture de témoignages d’acteurs du soin dont voici trois extraits :

Une éducatrice : « Je vois des copines éducatrices qui se retrouvent coincées entre les besoins des personnes en souffrances et les cadres rigides de dispositifs. Quand tu vois un enfant qui se fait tabasser mais qu’il n’y a pas de place en foyer, c’est dur. Tu sais qu’il va morfler le soir mais tu ne peux rien faire ».

Une aidante familiale : « Je vis avec un époux lourdement handicapé suite à un AVC. Pour bénéficier d’une aide humaine, je dois financer une grosse partie ce qui représente un budget insupportable pour mon foyer où vit aussi mon fils, sans emploi, ce qui le plonge dans un mal-être qui l’isole du monde extérieur. Je suis seul pour faire face à tous les problèmes. Sans famille, je vis avec une peur panique de ce qui pourrait encore arriver car chaque souci supplémentaire me paralyse un peu plus. Je donne tout par amour pour mon mari que je protège comme je le peux et mon fils. Je suis néanmoins impuissante ».

Un aide-soignant dans une structure pour handicapés mentaux : « J’ai une collègue en souffrance qui est devenue maltraitante. Elle a été licenciée pour faute lourde. Mais nous n’avons pas de psychologue pour le personnel, pas de supervision des équipes. On est dans la violence. On subit une pression qui nous écrase. Les contraintes financières sévices partout. Les patients en subissent aussi les conséquences ».

Francis et Odile lisent les témoignages des acteurs du soin

Lors du confinement du printemps 2020, ces témoignages ont été la source de la rédaction d’un « Psaume pour les soignants » largement diffusé.

Une parole issue du terrain qui engage l’Église au côté des acteurs du soin

Pour comprendre les centaines de témoignages recueillis, la Mission Ouvrière du diocèse de Lille a demandé à un groupe d’une dizaine d’acteurs du travail social et de la santé de les étudier à la lumière de leur expérience, de leur analyse et de la parole de Dieu. Lors de la journée d’étude du 14 mars 2020, ce groupe a relu les témoignages et posé un regard critique sur le système de soin actuel. Ensemble, ils ont posé les bases d’une parole forte qui porte la parole des acteurs du soin, dénonce une approche comptable et gestionnaire du soin qui déshumanise, partage une parole de foi forte et propose des perspectives pour remettre la personne humaine au cœur du soin.

Claire et Jérôme lisent la parole « Remettre la personne humaine au coeur du soin »

Cette parole issue du terrain a été adoptée par le conseil diocésain de la Mission Ouvrière et Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Lille, sans modifications majeures. Baptisée  » Remettre la personne humaine au cœur du soin « , cette parole est un acte de foi et de confiance qui engage la Mission Ouvrière et le diocèse de Lille au côté des acteurs du soin pour la construction d’un monde du soin plus humain.

Lors de l’action symbolique du 10 octobre 2020, cette parole a été proclamée en place publique. Elle invite tous les chrétiens à s’engager aux côtés des soignants. Elle encourage les décideurs à entendre les cris de souffrance des soignants et à prendre des décisions politiques fortes pour remettre la personne humaine au cœur du soin.

Une place en l’honneur des soignants

A chaque étape de la proclamation de la parole « Remettre la personne humaine au cœur du soin », un morceau d’une plaque de rue géante était ajouté sur la place de Roubaix qui accueillait la manifestation. A la fin de la proclamation la plaque de rue complète de 2 mètres sur 1,20 mètres a révélé le nouveau nom de la place : « Place à ceux qui remettent debout ».

Un nom de place choisi pour mettre en lumière ce qu’il y a de plus fort et de plus commun à tous les acteurs du travail social et de la santé : ils remettent des personnes debout. Par leurs soins, leur écoute, leur engagement, ils permettent à des personnes blessées physiquement, mentalement ou socialement de se relever et de vivre dignement.

Cette place de Roubaix n’a pas été choisie par hasard. Elle est hautement symbolique du monde de la santé puisque s’y trouve un fronton sculpté représentant la fondation du premier hôpital roubaisien par Isabeau de Roubaix. Une place également en lien avec le travail social puisqu’elle se situe à deux pas de la caisse d’allocation familiale (CAF), un acteur majeur du secteur.

Une diversité de regard sur le monde du soin

L’action symbolique du 10 octobre 2020 a aussi été l’occasion de donner la parole aux représentants de publics et de territoires qui ont apportés leurs regards sur le monde du soin à partir de leur réalité spécifique. L’Action Catholique des Enfants (ACE) a porté la parole des enfants de soignants qui ont un regard lucide sur le travail de leurs parents. La Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC) a fait entendre les témoignages de jeunes travailleurs du soin. Souvent en contrats précaires, ils sont contraints d’accepter les conditions de travail indignes et les situations de maltraitance s’ils ne veulent pas perdre leur emploi. L’Action Catholique Ouvrière (ACO) s’est penchée sur une diversité de situation liée à l’engagement. Celui des travailleurs syndiqués, des aidants familiaux et des bénévoles dans les associations.

Les coordinations locales de la Mission Ouvrière ont apporté les spécificités du monde du soin de leurs territoires : les difficultés liées aux maladies professionnelles dans le littoral dunkerquois, le manque de certains services de soin dans les Flandres, la pression grandissante subie par les soignants dans les Weppes, la réalité des invisibles du soin dans l’armentiérois, une parole poétique et fraternelle des acteurs de terrain de Roubaix…

Parce que chacune de ces prises de parole apporte un éclairage nouveau sur le monde du soin, elles ont été symbolisées lors de l’action symbolique par des réverbères entourant et illuminant la place. Toutes ces prises de paroles seront bientôt publiées sur notre site internet.

Une action en sortie : publique, visible et participative !

L’action symbolique du 10 octobre 2020 a eu lieu sur une place publique à un axe de communication majeur de la ville de Roubaix. Ainsi de nombreux passants se sont arrêtés pour assister à l’initiative. Certains sont restés longuement et son entrés en dialogue avec les membres de la Mission Ouvrière. « Je suis une habitante du quartier. J’ai entendu la musique et je suis venue voir ce qui se passait. Je me retrouve complètement dans la parole que j’ai entendue, alors je suis restée. Ça fait du bien de voir ça ! » partage une habitante. Une initiative d’Église en sortie qui s’inscrit pleinement dans la dynamique annuelle du diocèse de Lille sur l’aller-vers.

Une action en pleine rue, au coeur de Roubaix

L’action symbolique fut également participative. En arrivant sur la place, chaque passant se voyaient remettre une plaque de rue en carton, un feutre et une pince à linge. Ils étaient invités à partager leurs expériences du monde du soin mais aussi leurs propositions pour construire un monde du soin plus humain et leurs messages à destination des soignants. Dessins, longs témoignages, slogans… C’est avec une grande diversité et une belle créativité qu’ils se sont exprimés. Toutes ces plaques de rues ont été accrochées à des fils tendus le long de la place pour que tous puissent en profiter !

Plusieurs médias se sont fait le relais de cette grande action. La Voix du Nord lui a consacré une pleine page. L’hebdomadaire La Vie prépare un article sur le thème et la chaine de télévision KTO s’en ait fait l’écho dans une de ses émissions d’actualité. L’initiative avait également était annoncée sur RCF Hauts de France.

Poursuivre l’engagement avec les acteurs du soin

En conclusion de l’action du 10 octobre 2020, Mgr Laurent Ulrich a partagé son regard sur l’initiative et il a notamment dit « Oui, il y a des personnes qui remettent les autres debout ; et ces personnes elles-mêmes portent un poids très lourd sur leurs épaules. C’est la foi dans ce qu’elles font qui les tient debout ; c’est la foi que les personnes blessées peuvent se relever ; c’est la foi humaine dans leur mission ; et pour un bon nombre de nous ici, c’est la foi en Dieu, la foi dans le Christ toujours attentif, toujours bienveillant, toujours relevant chacun. Quelle que soit la foi qui vous anime, partageons ce bonheur, entretenons cette flamme du service qui rend plus humain, et qui ouvre un avenir dès cette vie et avec Dieu pour toujours ».

Conclusion de l’action par Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Lille

Oui ! Ouvrons ensemble un avenir meilleur pour tous les acteurs du soin, professionnels, aidants ou bénévoles ! En diffusant massivement la parole « Remettre la personne humaine au cœur du soin », en soutenant les soignants dans leurs mobilisations sociales et en interpellant les décideurs pour qu’ils prennent des mesures concrètes pour remettre la personne humaine au cœur du soin.

Photos : Maryse Masselot / Mission Ouvrière du diocèse de Lille

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