Viviane, missionnée pour la Mission Ouvrière du littoral : « A nous d’aller chercher la part d’humanité et de fraternité en chacun de nos frères »

Viviane Benoît a été coordinatrice de la Mission Ouvrière du littoral dunkerquois de janvier 2013 à fin 2017. A l’aube de sa retraite, les membres de son équipe ont souhaité lui poser une question pour qu’elle puisse partager ce qu’elle à vécue durant ces quelques années au service de l’annonce de la Bonne Nouvelle : A l’aube de ta retraite, qu’est-ce que tu aimerais mettre en lumière de ta mission ? Qu’est ce qui te tient à cœur ? Qu’est-ce que tu aimerais partager avec nous, avec ceux qui ne connaissent pas ta mission en tant que animatrice en mission ouvrière et aussi en quartier populaire ?

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Viviane Benoit fin 2016

Une mission qui débute avec Diaconia 2013

Lorsque j’ai été appelée pour la Mission Ouvrière, tout de suite on m’a demandé de réserver mon week-end de Pentecôte 2013 pour faire partie d’une « Fraternité » (un groupe de personnes) qui allait à Lourdes pour le grand rassemblement appelé « Diaconia, servons la fraternité ». Lourdes, je n’y étais jamais allée. Son côté « commercial » et traditionnel de pèlerinage ne m’attirait pas particulièrement. C’est pourtant de là que j’ai perçu ce que pouvait être « le rôle d’une permanente pour la Mission Ouvrière et les Quartiers Populaires » et commencer à entrevoir vers quelles personnes j’étais particulièrement envoyée, des personnes dont l’Église semblait loin.

Les différents temps forts que j’ai vécus avec d’autres et qui m’ont enraciné dans ma Mission

Diaconia Lourdes 2013

Le message fort de Diaconia qui reste gravé en moi c’est «Personne n’est trop pauvre pour n’avoir rien à partager » ; ce mot « pauvre » ne me convient pas vraiment, on dira plutôt une personne en fragilité, en précarité ; il n’y a pas de terme suffisamment large pour évoquer une personne en manque de considération. Une fragilité personnelle, une déchirure familiale, une difficulté à trouver une place au travail ou dans la vie de quartier, problèmes de santé invalidants, de maladie, d’addiction, la liste est longue des raisons pour lesquelles, des personnes peuvent se retrouver isolées, ou pire, à la rue, en prison… Ces situations montrent les difficultés, pour vivre aujourd’hui, dans cette société injuste, qu’on soit jeune ou moins jeune.

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Diaconia nous a demandé de changer notre regard : « Si les catholiques mettaient autant d’énergie à combattre toutes les formes d’exclusion dans l’Eglise et dans la société qu’ils en ont mis à dénoncer le mariage pour tous, il n’y aurait plus un seul pauvre à l’entrée de nos églises» Mgr Gérard Daucourt évêque de Nanterre en 2013. Le Pape François, tout juste élu, à l’issue du rassemblement Diaconia nous a adressé un message, voici la fin de ce message : « L’Église, à la suite du Christ, rejoint et accompagne tous ceux qui sont écrasés par les épreuves de la vie. »

« Le combat pour la justice : en premier pour les Chrétiens, c’est d’abord rendre à chacun ce qui lui appartient afin que la charité puisse trouver pleinement sa place, parce que la charité c’est donner à l’autre ce qui lui appartient ; c’est le premier combat auquel nous sommes appelés »
François Soulage (Président du Secours Catholique de 2008 à 2014)

De retour de Lourdes, sur le dunkerquois

Diaconia a permis une prise de parole par ces personnes, et de retour de Lourdes, notre «Fraternité» composée alors de Christian, de Gillette, d’Arnaud, de moi-même et avec le soutien de Gérard notre Doyen, se devait de mettre en place un lieu où cette parole serait écoutée, partagée.

Et nous avons imaginé des rencontres « sans prise de tête » que nous avons appelées «Venez comme vous êtes»; ce sont des soirées débat suivies d’une auberge espagnole, sur des sujets très divers qu’on aborde avec humour et bonne humeur, avec pour trame de fond : « Nos manières de vivre, de penser, d’agir, nous invitent-t-elles à la fraternité ? ». Aux quatre premiers rendez-vous ce sont des personnes en relation avec des gens vivant la précarité qui sont venues; nous avons ainsi remarqué qu’un lieu de partage était nécessaire aussi pour ces personnes. La cinquième rencontre a permis une prise de contact avec cinq personnes vivant la précarité.

Depuis, plus de la moitié des personnes qui viennent à nos rencontres sont des personnes en difficulté (14 rencontres depuis avril 2014, de 12 à 18 personnes présentes à chaque fois). Ces échanges sont très riches et permettent de tisser des liens entre les participants, nos rencontres se font dans différents lieux du doyenné. On se connait mieux, on invite d’autres et on rit beaucoup. Des personnes qui viennent à ces rencontres font partie aujourd’hui de la formation « Vivre en Chrétiens ».

La rencontre nationale de l’Action Catholique Ouvrière à Angers en 2014

Il y a eu aussi la Rencontre Nationale de l’ACO à Angers en 2014. Le slogan de la rencontre : Engagés pour la justice et la dignité, osons l’Espérance ! La priorité qui a été votée : « Les personnes, les travailleurs en situations de précarité, de fragilité, sont au cœur du projet missionnaire de l’ACO ». Ce qui m’a marqué : le témoignage d’Aïda Tunisienne, en sous-traitance pour des marques de vêtements haut de gamme, qui travaille dans conditions sanitaires et d’hygiène inexistantes, 48h/semaine (week-end et parfois même le dimanche) et pour un salaire mensuel de 10 € à 100 € pour les plus qualifiées.

Une conviction : le «salaire vital » ou le « revenu de base ». Je pense qu’il faudra certainement travailler sur ce « concept». Notre société n’est pas en capacité de donner un emploi à tous, (et ce n’est ni sa priorité, ni sa volonté) ; même s’il y a d’énormes besoins : aide à la personne, la santé, l’éducation… ça ne débouche pas sur de l’emploi. On laisse donc sur le côté beaucoup de personnes et en particulier les personnes les plus fragiles et les moins formées. On parle de la « valeur travail »… le travail n’est pas une valeur: on a du travail ou on n’en n’a pas. Des « valeurs » seraient le courage, la volonté etc. Un revenu de base pourrait redonner de la dignité à beaucoup, en enlevant l’angoisse de « comment on va subsister ?» et permettrait à ceux qui le veulent de s’engager dans un travail pas toujours rémunérateur, mais qui leur donne une place et la conviction qu’ils sont utiles, qu’on a besoin d’eux.

Et pourtant… Prière (RN ACO)
Jésus, nous te voyons souvent confronté aux regards, aux cœurs fermés face aux personnes rejetées qu’on voulait t’empêcher d’approcher.
Aujourd’hui, ce sont souvent les personnes résidant dans les quartiers dits « sensibles », les familles qui, au quotidien, luttent pour y vivre.
Il est dit qu’elles n’ont aucune culture.
Et pourtant…
Il est dit qu’elles ne savent pas « gérer».
Et pourtant…
Il est dit qu’elles sont « assistées ».
Et pourtant…
Il est dit qu’elles manquent de « civisme».
Et pourtant…
Il est dit qu’il faudrait leur « redonner » leur dignité.
Et pourtant… Cette dignité ne les a jamais quittées. C’est un peu comme une source enfouie qui jaillit et qui devient ruisseau, fleuve, océan.
L’ACO emploie le mot « révélateur » de dignité. En toi, Jésus, je devine ce « révélateur» qui rend notre regard assez limpide pour voir dans les muets, les sourds, les aveugles de notre temps, les merveilles qu’ils réalisent chaque jour. Aide-nous à en témoigner.
Extrait de la prière de Mauricette parue dans Témoignage n°551

La rencontre nationale de la Mission Ouvrière à Lourdes en 2015

Le thème : « Élargis l’espace de ta tente, déploie sans hésiter la toile de ta demeure, allonge tes cordages, renforce tes piquets ! » (Esaïe 54,2).

Les 5 orientations :
• Etre témoins et acteurs de la construction du Royaume
• Bien enracinés dans nos lieux de vie, partager la joie de croire
• Lire les Ecritures saintes
• Développer notre communion avec toute l’Eglise
• A vous, à nous d’agir pour élargir l’espace de notre tente.

Ce que j’en retiens principalement : « Avance en eaux profondes, va au large » (Luc5,4). Madeleine Delbrêl montrait que l’expérience de la petite Thérèse de Lisieux était un modèle pour l’évangélisation, puisque « aux missions en étendue allaient se joindre des missions en épaisseur, au fond des masses humaines, en profondeur, là où l’espoir de l’homme interroge le monde et oscille entre le mystère d’un Dieu qui le veut petit et dépouillé ou le mystère du monde qui le veut puissant et grand ».

« Ensemble, osons la fraternité » : une suite de Diaconia dans le Diocèse de Lille

A Lille en 2016 : une rassemblement de 700 personnes, une suite de Diaconia 2013 et des visites des évêques dans les quartiers populaires. Une journée pour échanger, prendre la parole, participer à des forums, à des ateliers créatifs, écouter la parole de Dieu, pour vivre la fraternité dans notre diocèse en présence de nos évêques…

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Il aura fallu une année de préparation aux responsables des fraternités de Diaconia, les responsables des Mouvements et un comité de pilotage composé de personnes en fragilité : un gros travail !
Cette journée du 6 juin m’a parue tellement sereine, un sentiment de paix et d’harmonie… Les rencontres continuent au niveau diocèse pour proposer des événements festifs et de la formation.

Ce qui est et a été vécu sur le dunkerquois

Plusieurs fêtes : « Fraternité plurielle », « Troquons, mon frère », « Goutons, mon frère »… Des rencontres gratuites, qui ont en commun d’être préparées avec les personnes intéressées : des gens des assos, des gens en précarité…

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Fête de la fraternité « Troquons mon frère » en 2016

Une formation appelée « Vivre en Chrétien(s), qu’est-ce que ça veut dire ? »
a débuté sur Dunkerque en juin 2017. Nous avons contacté les personnes rencontrées lors des différentes actions que nous avons faites pour bâtir ensemble un « programme » et les thèmes des cinq rencontres en grands groupes ont été décidés par les gens eux-mêmes. C’est une formation « sur mesure ». La parole est libre et toutes les questions posées sont de bonnes questions. Quatre petites équipes, guidées par des accompagnateurs, se réunissent entre ces cinq rencontres pour approfondir le thème de la fois suivante. Nous avons soigné l’accueil :
– la formation est ouverte à tous tout le long de l’année ;
– il est possible de venir avec des enfants, ils seront pris en charge ;
– un covoiturage est organisé pour ceux qui le demandent ;
– un lieu sur le dunkerquois pour les rencontres en grands groupes, accessible avec le bus gratuit.

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Choix des thèmes de travail lors de la formation en juin 2017

Deux ateliers de lecture ont été mise en place : livre de Tareq Oubrou « Ce que vous ne savez pas sur l’Islam » et celui de la Conférence des Evêques de France « Notre bien commun n°2 » ; nous lisons ensemble un livre et nous échangeons.

La célé de Noël en MO : nous la préparons avec une équipe différente chaque année. Cette année c’est avec des Jocistes : une première !

Et bien sûr il y a les Mouvements !

L’Action Catholique des Enfants : Deux clubs ont vu le jour. Et aussi des rencontres d’enfants pendant chaque vacances qu’on a appelé des « Garden Party », même s’il elles n’ont pas toujours lieu dans un jardin (celui de Gérard). Les enfants et les parents ont participé aux 80 ans de l’ACE à Tourcoing.

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L’Action Catholique Ouvrière : Richesse de cette vie de Mouvement : Retraites, rencontres diverses, plaquette avec des témoignages des équipes pour la préparation de la RN 2018… Je fais personnellement partie d’une équipe de base depuis dix ans.

La Jeunesse Ouvrière Chrétienne : 12 jeunes se répartissent en deux groupes pour des Révisions de Vie… Une renaissance !

Et aussi le GREPO : une équipe de prêtres et d’animatrices en pastorale se rencontrent régulièrement, soucieux des gens du monde populaire. Une plaquette avec des témoignages a été récemment éditée.

En quelques mots

Ensemble
Ces temps forts, ces fêtes, ces rencontres, cette formation ont été bâties avec les personnes vers qui nous sommes envoyés. Il faut du temps pour que ces personnes du monde populaire nous fassent confiance et se permettent de nous faire part de leurs besoins, leurs envies, leurs soucis. C’est un compagnonnage qui demande de la patience, de la bienveillance et de l’amour fraternel. Nous nous apprivoisons !

Déplacements
C’est par des échanges en confiance, que chacun peut avancer dans la compréhension et l’acceptation de l’autre différent. La parole n’est pas facile à prendre quand on ne se sent pas « à sa place » dans un groupe d’échange (comme par exemple des parents d’enfants de l’ACE). A nous, Animateurs en pastorale, d’être vigilants afin que tous puissent s’exprimer pour oser une parole différente, pour oser aller à l’encontre du « bien-pensant ». Personne n’a la vérité.
Les Révisions de vie, les relectures sont indispensables à nos missions. Sans elles on ne voit pas bien le chemin parcouru, ni le chemin à prendre pour demain.
Le déplacement physique : aller à une rencontre, à une formation, un camp ACE… permet aussi un déplacement dans la tête… les jambes portent le cœur et la tête… ailleurs… Les pèlerins d’Emmaüs !

Nourritures
Je voudrais aussi parler de la formation CIPAC qui m’a permis de me former pour la Mission sur des modules comme le Nouveau et l’Ancien Testament, la relecture pastorale, écoute et dialogue, animation de groupes… ainsi que des formations à la Catho, des récollections… Des découvertes qui sont des cadeaux pour la vie.
J’ai « appris », au cours des formations, des temps forts, des relectures… mais je me suis surtout nourrie des autres ! De l’énergie des autres : de l’équipe du dunkerquois : Nadine, Cécile, Gérard, Damien, Jacques, Stéphane ; mais aussi l’énergie des équipes des autres lieux où la mission Ouvrière est active : vous ici autour de la table (et de ceux qui ne sont pas là aujourd’hui) ; mais aussi d’autres, comme le Secours Catholique, la Pastorale des Migrants, la Catéchèse, les Aumôneries… mais aussi de toutes ces personnes rencontrées qui me renvoient leur besoin d’Espérance et offrent leurs talents de toutes sortes.

Je vous remercie.

Vous m’avez tous donné un grand élan vital qui a conforté ma foi en Dieu et en l’Homme quand il est fraternel. Et pour qu’il soit fraternel ou qu’il devienne fraternel, à nous d’aller chercher sa part d’humanité et de fraternité et de la travailler avec lui et avec Lui pour qu’elle soit révélée. Je crois que c’est ça le cœur de nos Missions tant qu’Animateurs en pastorale et en tant que Chrétiens, en tant qu’Église. Une mission qui ne finit jamais…

« Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » (Mt 28,20)

Viviane BENOIT
1er décembre 2017

La Mission Ouvrière du littoral dunkerquois… C’est une équipe ! Composée de Nadine (ACO), Cécile (Religieuse et engagée auprès de Salam pour les migrants), Jacques (GREPO et Curé de Cappelle), Damien (Aumônier de la JOC, Aumônier de la Maison d’arrêt de Dunkerque et prêtre), Gérard (Curé de deux paroisses et Doyen, chargé, entre autres, de la Mission Ouvrière sur le dunkerquois), Stéphane (DDMO) et moi (ACE et permanente pour la MO et QP).

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La JOC vue par… Paul Destailleur, grande figure du militantisme ouvrier de Roubaix

Une grande journée d’étude sur la fondation de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC) a eu lieu le 18 novembre 2017 à l’Université de Lille 2 dans les locaux de la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales. Plus de 200 personnes étaient présente pour découvrir comment et pourquoi la JOC est née à Lille en 1926 et comment cette fondation a changer en profondeur l’Église catholique et le mouvement ouvrier français.

Chaque semaine, la Mission Ouvrière du diocèse de Lille vous fera découvrir le regard d’un intervenant ou d’un témoin de cette grande journée d’étude. Aujourd’hui, nous vous partageons les grandes lignes de l’intervention de Paul Destailleur, militant et permanent de la JOC (1962-1966), syndicaliste au cœur de la crise du textile à Roubaix, ancien élu municipal et fondateur du Groupe d’action des demandeurs d’emploi.

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Paul Destailleur débout pour témoigner de son expérience jociste

Pour Paul, la rencontre avec la JOC c’est celle de la revole :  » La JOC m’a fait rencontrer des jeunes travailleurs du textile dont les conditions de travail m’ont révolté « . Il fait alors un choix de vie fort en engagements  » Dessinateur industriel, j’ai fait le choix d’être embauché comme simple mécano pour vivre avec les plus petits, comme le Christ « .

Il rajoute  » Je suis marqué par cette foi chrétienne qui se vit en actes comme Jésus en son temps. Avec la JOC on a agi dans ce sens. On s’est battu pour la création du premier Foyer de Jeunes Travailleurs de Roubaix qui existe encore. A l’usine, on a porté les  revendications pour le droit à la formation des jeunes. On a obtenu la possibilité de pouvoir aller aux cours du soir « .

La semaine prochaine, découvrez les grandes lignes de l’intervention de Pierre Outteryck, historien spécialisé dans le mouvement social du Nord.

Retrouvez l’intégralité des interventions et des témoignages de la journée d’étude du 18 novembre 2017 dans les actes de la journée d’étude à paraître très bientôt.

La JOC vue par… Louis Dooghe, ancien jociste, grande figure de l’éducation populaire

Une grande journée d’étude sur la fondation de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC) a eu lieu le 18 novembre 2017 à l’Université de Lille 2 dans les locaux de la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales. Plus de 200 personnes étaient présente pour découvrir comment et pourquoi la JOC est née à Lille en 1926 et comment cette fondation a changer en profondeur l’Église catholique et le mouvement ouvrier français.

Chaque semaine, la Mission Ouvrière du diocèse de Lille vous fera découvrir le regard d’un intervenant ou d’un témoin de cette grande journée d’étude. Aujourd’hui, nous vous partageons les grandes lignes de l’intervention de Louis Dooghe, ancien jociste,  permanent de la JOC (1950-1952) ;  ouvrier menuisier, éducateur ; fondateur du foyer de culture populaire de Marcq-en-Barœul (Nord, 1956), ancien président de l’Union des clubs de prévention du Nord (1963) et de la Fédération des foyers de culture populaire (1965). Une grande figure du monde de l’éducation populaire qui témoigne de son parcours en JOC.

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Louis Dooghe lors de la journée d’étude sur la fondation de la JOC à Lille

Louis Dooghe commence par partager aux participants son enfance dans le monde ouvrier avant de témoigner de ses premiers combats en JOC et à l’usine : « A l’usine, il y avait du bizutage auprès des mousses [les apprentis]. En tant que jociste, je ne pouvais pas laisser passer ça ! J’ai menacé mes collègues avec un marteau pour que ça cesse. Je l’ai lancer au travers de l’atelier et ça a cessé ».

Il poursuit en expliquant les luttes menées avec les jocistes et surtout la confiance qu’il a reçu d’un mouvement qui a su croire en lui : « La JOC m’a permit de vaincre ma timidité, de comprendre que j’avais des capacités. J’ai fondé le premier club de prévention du Nord et j’ai participé à la rédaction des textes fondateurs du métier ! Moi ! Le petit ouvrier ! ».

La semaine prochaine, découvrez les grandes lignes du témoignage de Paul Destailleur, ancien jociste des années 60, militant syndical et politique à Roubaix.

Retrouvez l’intégralité des interventions et des témoignages de la journée d’étude du 18 novembre 2017 dans les actes de la journée d’étude à paraître très bientôt.

Diacres au cœur du monde populaires : Mettre les périphéries au centre

Les diacres sont au service… C’est le sens même de la racine grecque « diakonos », serviteur. Ces chrétiens ordonné par un évêque pour servir leurs frères et l’Eglise sont aujourd’hui 2700 sur le territoire français. Soit autant de manière de servir. Certains d’entre eux sont issus du milieu ouvrier et des quartiers populaires ou engagés au cœur de celui-ci.

La revue des Cahiers de l’Atelier leur consacre un numéro auquel la Mission Ouvrière a grandement collaboré. En particulier celle du diocèse de Lille puisse que 3 articles sont signés par des nordistes du diocèse de Lille : Maxime Leroy, prêtre de l’agglomération lilloise ; Michel Delattre, diacre à Armentières et Stéphane Haar, délégué diocésain de la Mission Ouvrière.

Dans le milieu ouvrier et les quartiers populaires, les diacres vivent ce service de nombreuses manières. Dans le monde du travail, le monde associatif, auprès des personnes privées d’emploi ou incarcérées, avec les migrants ou les croyants d’autres religions… Et ils ne le vivent pas seuls mais en couple, en famille, en Église, en Mission Ouvrière.

Découvrez ces témoignages en commandant votre exemplaire des « Cahiers de l’atelier N°554 – Les diacres au cœur du monde populaire » ! Un outil indispensable pour approfondir votre regard sur l’Eglise en monde populaire et un beau cadeau à offrir pour inviter au cheminement vocationnel !

Téléchargez le bon de commande : CdA554_Diacres en MO_Commande

Valentine, jociste de Dunkerque, chemine vers la vie religieuse

Dans son numéro de juin 2017, Assez Zoné, le magazine de la JOC, consacre son Focus à Valentine, jociste dunkerquoise de 21 ans qui chemine vers la vie religieuse.

Un portrait à lire et à partager :

Valentine

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Grande joie ! Damien sera ordonné prêtre dimanche 25 juin

orddbindaultDamien Bindault est un jeune séminariste originaire de Roubaix. Séminariste… Plus pour très longtemps car après des années de cheminement et d’études, il sera ordonné prêtre le dimanche 25 juin 2017 à 15h30 en la cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille !

En insertion sur la paroisse de Grande Synthe, Damien accompagne la JOC du littoral dunkerquois dont il est l’aumônier fédéral. Il participe aussi activement à l’équipe locale de Mission Ouvrière et intervient en prison. La phrase de l’évangile de Matthieu par laquelle il nous invite à son ordination est à l’image de son engagement avec la Mission Ouvrière.

Citation Damien Bindault

L’ordination de Damien est une grande joie pour tous les acteurs de la Mission Ouvrière. Dans cette étape importante et dans toute sa vie de prêtre nous voulons être à ses cotés pour porter et faire vivre la Bonne Nouvelle de Jésus Christ en milieu ouvrier et dans les quartiers populaires.

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Vidéo : Damien vous invite à son ordination

Soyons nombreux le dimanche 25 juin 2017 à 15h30 en la cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille pour partager cette joie avec lui.

Après 35 ans au service de l’Église, Cécile Rouzé prend sa retraite

fullsizerender-2Cécile Rouzé est missionnée par le diocèse de Lille depuis de nombreuses années pour soutenir la Mission Ouvrière dans le doyenné cœur de Flandre. Les acteurs de l’ACE, de la JOC, de l’ACO et des groupes en quartiers populaires d’Hazebrouck et de Merville ont eu la chance de travailler avec elle pour que chacun trouve sa place dans la grande famille des chrétiens. Nous lui avons récemment consacré un beau portrait.

Après 35 année au service de l’Église et des chrétiens, d’abord à l’aumônerie de l’enseignement public puis avec la Mission Ouvrière, Cécile va enfin pouvoir prendre sa retraite. Pour fêter cette nouvelle étape dans sa vie, plus d’une cinquantaine d’acteurs de la Mission Ouvrière, de chrétiens du doyenné et de membres de sa famille se sont réunit au 16 boulevard de l’abbé Lemire à Hazebrouck ce 10 juin 2017 autour d’elle.

Jean Marc Bailleul, le Déléguée de l’Évêque pour les Mouvements et Association de Fidèles (DEMAF) prend la parole pour lancer la fête en rappelant à tous le parcours de Cécile : « C’est difficile de ne pas se rappeler de l’histoire de Cécile. Je suis aller fouiller dans son dossier à l’archevêché et j’y ai trouvé beaucoup de vie et de rencontres. Les premiers documents datent de son entrée en formation à l’école des catéchistes professionnelles qui est depuis devenu le CIPAC. Après deux ans de formations en parallèle de ton emploi de vendeuse le conseil épiscopal donne son accord et tu deviens salariée de l’Escale pour l’aumônerie de l’enseignement public à Hazebrouck.Pendant une vingtaine d’année tu as eu une responsabilité importante dans l’AEP et dans l’Eglise locale. Puis grâce à Pascal Delanoy qui se posait beaucoup la question des quartiers populaires, tu as été nommée pour la Mission Ouvrière avec le choix d’aller au cœur de la vie des quartiers populaires ».

La fête se poursuit avec la diffusion d’un diaporama sur les différentes missions de Cécile et qui se finissait par « Je suis en retraite et maintenant… »

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Le 16 a fait salle comble pour fêter Cécile Rouzé

C’est alors à Raymond le complice des premières années de mission de Cécile de prendre le micro : « Au siècle dernier dans les années 80, Cécile passe de l’ACE et du cathé à l’aumônerie. En 1982, elle anime la retraite de profession de foi avec Fanny, sa fille, âgée de 3 mois dans les bras. Elle a 26 ans et propose d’organiser un camp d’été pour les jeunes. Elle va coordonner beaucoup d’activités avec eux. Il y a eu la période avec l’escale ! La période avec Nicole ! En 88 elle assume seul tout le 1er cycle et les lycées pro. Pas facile mais elle assure. Elle ira jusqu’à organiser 3 retraites simultanées à Merville. Puis elle quitte l’aumônerie vers la Mission Ouvrière. L’équipe actuelle des marcheurs sont pas mal des jeunes qui ont vécu l’aumônerie avec Cécile. Que d’anecdotes ! En arrivant à l’aumônerie elle cherchait la tétine de Fanny partout. Elle a une simplicité de vie, une écoute vraie et sincère, sa capacité à chercher le Christ dans tout les événements de la vie et toutes les rencontres humaines ».

Puis Nicole dit à son tour quelques mots : « Merci pour ce petit bout de chemin fait ensemble. Tu m’a permis de prendre ma place et des responsabilités en aumônerie. Ça m’a permit de me construire comme adulte et de construire ma foi ».

Monique de l’ACO prend la suite : « Je me souviens de l’arrivée de Cécile. Elle a redonné vie à la maison de la Mission Ouvrière. En 2013, quand j’ai proposé de faire des rencontre d’acteurs de l’ACO agissant auprès des Migrants, elle a tout de suite été partante et nous avons élargi le cercle de nos rencontres ».

Puis Jean Pierre annonce une nouvelle fracassante qui tient toute la salle en émoi : « Cécile et moi avons eu un enfant ensemble… Cet enfant c’est la feuille d’information de la Mission Ouvrière. Elle existe encore et parait tous les mois. On en est au 174. Je garderai de toi aussi ton côté bordélique. Pour comprendre une facture de Cécile il faut un bac +5 et pourtant les comptes sont toujours bons ».

« On a en commun de courir tout le temps mais Cécile et toujours disponible » partage Annie « On s’est connu en perfectionnement de centre de vacances. On s’est revu par le CCFD qui compte beaucoup pour Cécile et pour qui elle a beaucoup fait sur le terrain à Hazebrouck et même Wormhout. Cécile a cette qualité de mettre le collectif en avant. Mais aussi une capacité a créer des réseaux en Mission Ouvrière et avec d’autres comme le CMR. Ensemble on a prit le relais sur le terrain pour interpeller les candidats aux législatives sur les 15 propositions pour une France solidaire. Un grand Merci ».

Mauricette ne pouvait pas être présente car elle était à Lourdes avec le pèlerinage diocésain mais elle a transmis un message plein d’émotions : « Merci. Tu as insisté pour que je rejoigne la formation Sifas. J’ai été au fond du gouffre et tu m’en a sortie avec ceux du groupe. Tu as toujours été présente. Profite bien de ta retraite. Sache que tu es et restera toujours dans mon cœur ».

Christine aussi apporte ses remerciement à Cécile : « Merci au nom de toute l’équipe de Merville. Tu as l’art et la manière de nous faire faire des choses auxquelles on ne s’attend pas. Comme de recevoir l’évêque dans notre quartier à Merville ! On arrive à faire de belles choses ensemble. Quand j’ai prit ma retraite j’ai eu besoin d’un agenda alors garde le tiens car à la retraite on est débordé ».

C’est enfin à Cécile de prendre la parole : « J’ai reçu beaucoup de beaux messages de personnes qui n’ont pas pu venir. Merci. Merci à vous tous d’avoir partager cette route avec moi. J’ai toujours aimé ce rôle d’animatrice laïque en pastorale qui fait avec les gens et respecte chacun d’entre eux. Ça m’a demandé beaucoup d’énergie. J’ai parfois eu la peur au ventre et je transmettais cette tension au autres des fois. Mais j’ai rencontré le Christ en chacun de vous. Merci encore de m’entourer. J’espère que ce pot vous permettra de vous rencontrer et de partager. Merci à vous. Vos témoignages, c’est beaucoup d’honneur. J’ai souvent l’impression d’être à côté mais je vois que je vous ai apporté des choses alors je suis heureuse ».

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Cécile ouvre un de ses cadeaux entourée de Jean Marc et Nathalie

Les personnes présentent remettent alors leurs cadeaux à Cécile et partagent un pot de l’amitié.

La Mission Ouvrière du Diocèse de Lille remercie Cécile pour ces belles années passées au service de l’Église dans le milieu ouvrier et les quartiers populaires. Pour nous, elle est plus qu’une animatrice laïque en pastorale missionnée, elle est une militante, une sœur de lutte.

Merci et bonne retraite à toi, Cécile !

Mariana : au service de l’ACE et des enfants des quartiers populaires de Roubaix

MarianaA l’ombre du clocher sans flèche de l’église Sainte Élisabeth de Roubaix vivent des gens simples originaires du Nord mais aussi du Portugal, d’Italie, de Pologne, de Belgique, du Maghréb, du Cap-Vert et de bien d’autres endroits. Toute une population qui a en commun d’être venu travailler dur pour offrir à leurs enfants un avenir meilleur. Dans ces quartiers populaires marquée par la pauvreté, le chômage et la tentation du repli sur soi des chrétiens sont acteurs du vivre ensemble et de la fraternité. Des chrétiens à l’image de leur quartier comme Mariana Pipo de Sousa, missionnée en Mission Ouvrière à Roubaix.

Née au Portugal dans les années 60, Mariana arrive en France avec ses parents, ses frères et sœurs à l’age de 10 ans. Ils atterrissent dans les baraquements près de Bondues. Une histoire semblable à celle de ces centaines de milliers de migrants portugais qui ont fuit la misère et la dictature pour trouver leur place dans la société française par le travail. Pour les hommes, le travail c’était l’usine, pour Mariana ce sera celui de femme de ménage. Après son mariage, Mariana et sa famille s’installent à Roubaix.

Mariana fréquente la paroisse Sainte Élisabeth et apporte peu à peu sa pierre à la vie paroissiale. « Je connaissais la dame qui s’occupait de l’église, de son entretien et de sa décoration. Peu à peu, elle m’a donner des missions à remplir ». Un engagement de croyante humble et discrète mais qui ne passe pas inaperçu pour le prêtre et les responsables de la paroisse. « Le père Gérard Vandevyver m’a proposé de faire de l’Action Catholique des Enfants. Il y avait des enfants de 7 à 10 ans qui venaient de faire leur baptême et qui voulaient continuer de se rencontrer. On leur a proposé l’ACE et d’autres enfants nous ont rejoint ».

Mariana anime régulièrement le club ACE du quartier et le caté. « Lucie, Rodrigo, Avelina, Anaëlle, Anaïs , Théo, Léa, Emilie, Mélina… Ils aiment bien participer à l’ACE. Ça leur change de l’école où on leur dit toujours ce qu’ils doivent faire et comment ils doivent le faire. Ici c’est eux qui choisissent et ce n’est pas toujours simple ». Car l’ACE c’est plus qu’en bonne ambiance et des jeux, c’est une école de vie. « Cette année ils ont échangés sur le thème de l’année  »Prendre le temps » et de belles expressions sont ressorties. Ils veulent en faire une petite pièce de théâtre ».

Une vie de club qu’elle arrive a porter avec le soutien indéfectible de Gérard et de Marie France qui ont cru en elle et lui ont proposé d’être missionnée à mi-temps pour la paroisse. Un sacré changement de vie à 50 ans passé que Mariana a eu le courage d’oser. Une mission qui cohabite avec son autre mi-temps de femme de ménage ce qui n’est pas toujours simple. « Quand j’arrive le matin pour suivre ma formation au CIPAC, le centre de formation des animateurs en pastorale du diocèse, j’ai déjà 3h de travail physique derrière moi. C’est difficile, mais ça vaut le coup ».

Pour la soutenir, Mariana peut compte sur l’équipe de secteur de l’ACE à laquelle est participe activement. Mais aussi sur son équipe d’Action Catholique Ouvrière où elle a découvert la révision de vie. « Dans le monde du travail manuel, personne ne vous demande comment ça va ou ne s’intéresse à vous. On est juste là pour faire le travail. Alors ça fait bizarre au début de parler de soi en confiance et d’être écouter par des gens que ça intéresse ».

Mariana participe aussi à l’équipe missionnaire de Roubaix. Une équipe d’agents pastoraux, prêtres, diacres et laïcs de la ville qui partagent leurs initiatives missionnaires et s’entraide à saisir toutes les opportunités pour annoncer la Bonne Nouvelle. Une opportunité comme la fête diocésaine des 80 ans de l’ACE qui aura lieu le 11 novembre 2017 et qui sera l’occasion pour Mariana et les enfants de l’ACE de vivre un nouveau temps fort et d’inviter de nouveaux copains.

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Chanson écrite par les enfants de Roubaix

Viviane Benoît, Mission Ouvrière du littoral dunkerquois : « la révision de vie, ça fait rêver »

« En réalité, aimer, cela nécessite des bagarres. Aimer, c’est créer des relations toujours plus intenses avec les gens. Les luttes ne suppriment pas l’Amour, bien au contraire. » écrivait René Carême en parlant de sa foi. Ce militant ouvrier et chrétien fut responsable de la JOC, syndicaliste et maire de Grande Synthe. Grande Synthe, la ville d’Usinor, la ville ouvrière. Mais aussi la ville de Viviane Benoît, militante de l’Action Catholique Ouvrière, missionnée pour la Mission Ouvrière du littoral dunkerquois. Portrait.

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« Grande Synthe était un petit village qui a construit massivement pour accueillir les travailleurs de la sidérurgie. On a à la fois la chance du métissage et les inconvénients d’un ghetto. Certains lui font mauvaise presse mais c’est une ville où l’on vit bien. Il y a eu beaucoup de réhabilitation » confie Viviane, souriante, un café à la main. Cette ville, elle la connaît bien pour y avoir grandit et y vivre encore aujourd’hui mais aussi pour l’avoir en partie bâtie. Dessinatrice en bâtiment, elle a travaillée pendant 12 ans à l’aménagement du quartier Courghain. « Mais c’est presque tout le littoral qui est ouvrier » poursuit Viviane en citant les nombreuses usines et entreprises installées en bord de mer et les villes qui en dépendent : Saint Pol, Loon, Gravelines, Fort Mardryck . « L’industrie et le port restent le cœur de l’emploi du territoire » confirme elle en partageant la situation de son mari qui travaille dans une usine d’aluminium avant d’ajouter «  Mais on a perdu certaines usines comme BP et Total ».

Comme dans de nombreux territoires industrielles, le chômage et la précarité sont venus bouleverser la vie des habitants qui doivent se plier aux exigences de flexibilité et de compétitivité d’une économie qui a perdu tout bon sens. « Le chômage m’a marqué. Aujourd’hui ce sont les clients qui font le travail et qui paie pour ça. Il fait le plein à la place du pompiste. Il passe à la caisse à la place de la caissière… C’est des emplois en moins et ça va continuer. Tout ça c’est des personnes mises à la marge. C’est fou cette société où tu as beau chercher, tu as beau te former, tu ne trouves pas d’emploi ! ». Viviane connaît bien ces situations. Plusieurs fois licenciée économique dans le BTP, elle s’est formée et s’est reconvertie dans l’infographie puis l’animation sociale avant d’être appelée par le diocèse pour la Mission Ouvrière du littoral dunkerquois.

Une mission qui est le fruit d’un cheminement personnel et collectif fort. « Je ne suis pas issue d’une famille militante ou croyante. C’est un engagement que j’ai construit avec les copines. En fréquentant des militants, j’ai découvert l’engagement. Ça fait une douzaine d’année que je suis en Action Catholique Ouvrière (ACO). La révision de vie, ça me faisait rêver ! Raconter sa vie en confiance, ce n’est pas une expérience banale ». Un parcours également marqué par le cheminement spirituel de sa famille. Mariée, mère de deux grands enfants, Viviane les a baptisé et les a accompagné à l’éveil à la foi puis au catéchisme où elle s’est investie et où elle a lié de belles amitiés.

Avec l’équipe de Mission Ouvrière composée de Gérard, Damien, Nadine, Cécile et Jacques, Viviane s’attelle a relever de nouveaux défis :  » On est en train de refonder l’Action Catholique des Enfants (ACE). Plusieurs dizaines d’enfants viennent quand ont organise des garden party mais passer à une vie de club régulière c’est plus dur alors il faut persévérer. Ça me tient à cœur car quand l’ACE redémarre c’est tout le reste qui suit. C’est aussi le cas avec la JOC qui renaît sur le territoire et qui est très dynamique « .

Une équipe qui croit dans le lien entre les initiatives et dans l’investissement dans la vie locale à l’image de la fête de la fraternité qui a eu lieu en octobre 2016 à Cappelle la Grande, de la fête de Noël en Mission Ouvrière, des rencontres « Venez comme vous êtes » qui font suite à Diaconia ou des rencontres « chantier migrants ». Mais aussi une volonté de se former et de donner du sens en préparant un cycle de formation pour les chrétiens en quartier populaire (le SIFAS QP) et par un atelier lecture autour du livre « Notre bien commun ».

Dessinatrice et amoureuse des arts graphiques, Viviane a une attention particulière à la communication. « On a besoin d’être plus visible à l’extérieur. D’oser se montrer pour parler de la vie. C’est un vrai changement de culture pour la Mission Ouvrière ». Un autre chantier au service des personnes du milieu ouvrier.

Equipe missionnaire de Tourcoing : quatre garçons dans le vent de la mission

Le récent synode provincial a impulsé un certain nombre d’innovations pastorales. Parmi elle les équipes missionnaires. Des équipes composées de prêtres, de diacres, et de laïcs en mission ecclésiale qui ont la volonté de travailler ensemble pour ouvrir un maximum de portes dans et hors de l’église afin d’y faire vivre une dynamique missionnaire. Une expérience qui commence à porter du fruit dans les quartiers périphérique de Tourcoing où la Mission Ouvrière est très implantée. Rencontre avec quatre garçons dans le vent de l’Esprit Saint : Jean Michel, Norbert, Baptiste et Damien.

Damien, prêtre coordinateur de l’équipe nous présente leur terrain de mission « Les quartiers périphériques de Tourcoing sont des quartiers populaires qui représentent les 2/3 de la population de la ville. Ça débute au sud par le quartier des Francs puis en suivant le boulevard industriel ça va jusqu’à Saint Gérard à Wattrelos ». 60.000 habitants, 3 paroisses, 9 clochers… Bref il y a de quoi faire ! « A cause du boulevard qui fait le tour de la ville, les habitants d’un quartier ne passent pas par les autres quartiers pour se rendre quelque part, il y a donc un esprit de quartier très fort. Avant d’être de Tourcoing, tu es d’un de ses quartiers » précise Baptiste, laïc en mission ecclésiale formé au MRJC. «Les francs, la croix rouge, les orieux, la bourgogne, la marlière… ce sont tous des quartiers populaires avec un grand métissage et une présence parfois forte de l’Islam. Le chômage est important, surtout chez les jeunes » conclut Jean Michel, prêtre habitant à la limite des quartiers des phalempins et belencontre.

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Baptiste, Norbert et Jean Michel (il ne manque que Damien) avec Jean Luc et Stéphane de la Mission Ouvrière

Ça fait un grand champ à labourer pour quatre personnes ? « Le rôle de l’équipe missionnaire n’est pas de faire à la place des chrétiens. Notre rôle c’est de saisir les opportunités d’initiatives missionnaires et d’en créer de nouvelles » prévient Damien. Il s’agit donc d’aller à la rencontre des chrétiens mais aussi des associations, des institutions, des clubs de sport… Aller à la rencontre pour créer du lien et libérer des énergies. « Il y a plein de gens croyants qui veulent mettre en place des groupes, mener des initiatives… Ils attendent juste le coup de pouce qui va les mettre en marche » résume Baptiste. Par la rencontre, il veulent mettre un maximum de gens en marche et mettre dans les coup tous les acteurs de l’église dont les paroisses mais aussi l’ACE, la JOC et l’ACO, déjà bien présents sur le terrain. Et ça marche !

Avec les équipes d’animation paroissiales des trois paroisses, ils ont travaillé des projets pastoraux à partir des besoins de chaque lieux et des envies de chaque chrétiens. A la marlière, un projet de construction d’un enclos paroissial avec des jardins ouvrier est lancé. A la Bourgogne, un groupe de chrétiens en quartier populaire se retrouvent avec des militants de l’ACO. A Saint Gérard, les chrétiens prennent leur place dans le projet de cité artisanale. A la croix rouge, les liens avec les associations se tissent. Avec l’ACE, un projet de nouveau club émarge à la bourgogne et un camp d’été va être organisé…

Au centre de cette démarche tout azimuts il y a une volonté « permettre à chacun de mettre de l’ouverture du cœur dans ses rites, ses habitudes… Dans l’église chacun fait bien ce qu’il fait, il ne manque parfois qu’une petite ouverture du cœur pour être pleinement missionnaire » résume Jean Michel. C’est par exemple proposer à l’atelier couture du cercle St Jacques de faire une initiation aux enfants.

« L’ACE, la JOC et l’ACO ont toute leur place dans cette dynamique. Ils sont un don de l’Église, une part du vitrail ecclésial et nous voulons que cette part brille à son maximum, comme les autres » s’enthousiasme Jean Michel. Avec le rassemblement national de la JOC qui approche, ce ne sont pas les occasion de briller qui vont manquer à Tourcoing.

Pour créer ces liens, ces opportunités, l’équipe missionnaire a su créer de la confiance avec les acteurs du territoire mais elle a su aussi travailler ensemble. « Chacun de nous est différent mais faire ensemble nous donne le courage d’avancer et d’aller à la rencontre de tous » confirme Norbert, le prêtre franciscain de l’équipe. Chaque mardi, les 4 membres de l’équipe se retrouvent pour partager leurs rencontres de la semaine, leurs réussites et leurs difficultés et pour faire du lien, encore et toujours.