La sainteté pour les nuls par le pape François : accueille ton frère migrant !

La sainteté pour les nulsLe 19 mars 2018, le pape François a fait paraître une exhortation apostolique baptisée « Gaudete et exsultate » sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel. Ce n’est ni un traité philosophique sur la sainteté, ni une leçon de vie. C’est un appel à tous et à toutes à devenir saint avec quelques pistes concrètes à vivre au jour le jour. « Dieu veut que nous soyons saints et il n’attend pas de nous que nous nous contentions d’une existence médiocre, édulcorée, sans consistance » nous rappelle le pape qui nous propose donc un petit guide de la sainteté pour les nuls afin d’y parvenir.

Certaines des pistes concrètes que propose le pape François ont un sens particulier pour les personnes du milieu ouvrier et des quartiers populaires : refuser la société de consommation, construire un monde radicalement différent, refuser la méritocratie, rester humble et ouvert aux autres…

Régulièrement, la Mission Ouvrière du diocèse de Lille vous proposera une relecture de cette exhortation apostolique avec un regard venu d’en-bas, du milieu ouvrier et des quartiers populaires. Aujourd’hui, un chemin de sainteté qui n’est pas optionnel : l’accueil des migrants.

L’accueil des migrants : une priorité du chrétien

Dans un précédant article, nous vous parlions de la priorité donnée par le saint père aux plus petits. Parmi ces petits, le pape aborde longuement la situation des migrants. Et il commence par rappeler aux chrétiens que cette question n’est ni optionnelle, ni secondaire mais qu’elle est au cœur des priorités de l’Église : « On entend fréquemment que, face au relativisme et aux défaillances du monde actuel, la situation des migrants, par exemple, serait un problème mineur. Certains catholiques affirment que c’est un sujet secondaire à côté des questions “sérieuses” de la bioéthique. Qu’un homme politique préoccupé par ses succès dise une telle chose, on peut arriver à la comprendre ; mais pas un chrétien, à qui ne sied que l’attitude de se mettre à la place de ce frère qui risque sa vie pour donner un avenir à ses enfants ».

Depuis de nombreuses années, les militants de l’Action Catholique des Enfants, la Jeunesse Ouvrière Chrétienne et l’Action Catholique Ouvrière sont engagés pour l’accueil des migrants dans le diocèse de Lille. A Grande Synthe, à Steenvoorde, à Hazebrouck, à Armentières, à Lille, à Roubaix, à Haubourdin et dans de nombreux autres endroits, les acteurs de la Mission Ouvrière sont engagés auprès de ceux qui fuient la guerre et la misère.

Cette priorité de l’Eglise se vit dans diverses associations et aussi en Eglise ! Le 7 avril 2018, en partenariat avec le Secours Catholique et la Pastorale des Migrants, l’ACO a organisé une journée de relecture qui a réunie un cinquantaine de militants engagés auprès des migrants.

Une priorité historique

Cette priorité ne date pas d’hier : « Pouvons-nous reconnaître là précisément ce que Jésus-Christ nous demande quand il nous dit que nous l’accueillons lui-même dans chaque étranger (cf. Mt 25, 35) ? Saint Benoît l’avait accepté sans réserve et, bien que cela puisse “compliquer” la vie des moines, il a disposé que tous les hôtes qui se présenteraient au monastère, on les accueille comme le Christ en l’exprimant même par des gestes d’adoration, et que les pauvres et les pèlerins soient traités avec le plus grand soin et sollicitude ».

Une priorité dans les saintes écritures et un chemin de sainteté pour notre temps

Le pape nous rappelle que « L’Ancien Testament ordonne quelque chose de semblable quand il dit : « Tu ne molesteras pas l’étranger ni ne l’opprimeras, car vous-mêmes avez été étrangers dans le pays d’Égypte » (Ex 22, 20). « L’étranger qui réside avec vous sera pour vous comme un compatriote et tu l’aimeras comme toi-même, car vous avez été des étrangers au pays d’Égypte » (Lv 19, 33-34). Par conséquent, il ne s’agit pas d’une invention d’un Pape ou d’un délire passager. Nous aussi, dans le contexte actuel, nous sommes appelés à parcourir le chemin de l’illumination spirituelle que nous indiquait le prophète Isaïe quand il s’interrogeait sur ce qui plaît à Dieu : « N’est-ce pas partager ton pain avec l’affamé, héberger chez toi les pauvres sans abri, si tu vois un homme nu, le vêtir, ne pas te dérober devant celui qui est ta propre chair ? Alors ta lumière éclatera comme l’aurore » (58, 7-8).

A bon entendeur !

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La sainteté vue par le Pape François : toujours donner la priorité aux plus petits

La sainteté pour les nulsLe 19 mars 2018, le pape François a fait paraître une exhortation apostolique baptisée « Gaudete et exsultate » sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel. Ce n’est ni un traité philosophique sur la sainteté, ni une leçon de vie. C’est un appel à tous et à toutes à devenir saint avec quelques pistes concrètes à vivre au jour le jour. « Dieu veut que nous soyons saints et il n’attend pas de nous que nous nous contentions d’une existence médiocre, édulcorée, sans consistance » nous rappelle le pape qui nous propose donc un petit guide de la sainteté pour les nuls afin d’y parvenir.

Certaines des pistes concrètes que propose le pape François ont un sens particulier pour les personnes du milieu ouvrier et des quartiers populaires : refuser la société de consommation, construire un monde radicalement différent, refuser la méritocratie, rester humble et ouvert aux autres…

Régulièrement, la Mission Ouvrière du diocèse de Lille vous proposera une relecture de cette exhortation apostolique avec un regard venu d’en-bas, du milieu ouvrier et des quartiers populaires. Commençons par le plus important : la priorité donnée aux plus petits.

Riches en argent et en connaissances : c’est mal barré pour vous !

Le pape François commence par rappeler que la sainteté n’est pas que l’affaire de grands personnages de l’histoire, riches et puissants. Elle est aussi est surtout présente chez les plus petits. Il parle des « saints de la porte d’à côté ». Une sainteté simple accessible à tous. « Cette sainteté à laquelle le Seigneur t’appelle grandira par de petits gestes » comme un parent qui prend le temps d’écouter un enfant, un travailleur qui met du cœur à l’ouvrage au service de ses frères…

Cette simplicité du cœur, ce chemin vers la sainteté n’est pas facile. Il demande de faire une place à Dieu et au prochain dans son cœur et dans sa vie. Le pape reconnaît que c’est une chose difficile en particulier pour les riches : « Les richesses ne te garantissent rien. Qui plus est, quand le cœur se sent riche, il est tellement satisfait de lui-même qu’il n’y a plus de place pour la Parole de Dieu, pour aimer les frères ni pour jouir des choses les plus importantes de la vie. Il se prive ainsi de plus grands biens ».

Le pape ne parle pas que des richesses financières mais aussi de la mauvaise utilisation des richesses en connaissances et en relations sociales : « Il se produit fréquemment une dangereuse confusion : croire que parce que nous savons quelque chose ou que nous pouvons l’expliquer selon une certaine logique, nous sommes déjà saints, parfaits, meilleurs que la « masse ignorante ».

Les personnes du milieu ouvrier et des quartiers populaires ont l’habitude d’entendre des gens riches et bien éduqués leur expliquer pourquoi il est bon, juste et raisonnable de fermer leur entreprise, de baisser leurs salaires, de leur faire faire des stages non rémunérés, de fermer des écoles ou des services publics… Et on leur rappelle gentiment que c’est normal s’ils ne comprennent pas car c’est un sujet compliqué.

Le pape François balaie ces raisonnements d’un revers de main et rappelle qu’avoir un bac +9 en politique ou en théologie ne rapproche ni de la vérité, ni de Dieu : « Grâce à Dieu, tout au long de l’histoire de l’Église, il a toujours été très clair que la perfection des personnes se mesure par leur degré de charité et non par la quantité des données et des connaissances qu’elles accumulent ».

Les plus petits : en pôle positon de la sainteté

Dans la grande compétition économique mondialisée, nos gouvernements ont trop souvent pointés du doigt les travailleurs humbles, les chômeurs, les précaires, les migrants, les pauvres, bref les petits comme étant les responsable de la crise. Ils ne sont pas assez compétitifs, pas assez formés, pas assez flexibles… Ils retardent les « premiers de cordée ». Et ceux qui les défendent (associations, syndicats…) sont des utopistes d’un autre temps. Face à cette idéologie le pape nous rappelle que ces plus petits, qui sont considérés comme des boulets par certains dirigeants, sont en pole position de la sainteté aux yeux de Dieu : « en chaque frère, spécialement le plus petit, fragile, sans défense et en celui qui est dans le besoin, se trouve présente l’image même de Dieu. En effet, avec cette humanité vulnérable considérée comme déchet, à la fin des temps, le Seigneur façonnera sa dernière œuvre d’art ».

Pas de sainteté sans la justice pour les plus petits

En reprenant les béatitudes, le pape clame « Rechercher la justice avec faim et soif, c’est cela la sainteté »! Ce combat pour la justice « commence à devenir réalité dans la vie de chacun lorsque l’on est juste dans ses propres décisions, et elle se manifeste ensuite, quand on recherche la justice pour les pauvres et les faibles ».

Ce combat pour la justice « implique une saine et permanente insatisfaction. Bien que soulager une seule personne justifierait déjà tous nos efforts, cela ne nous suffit pas. […] il ne s’agit pas seulement d’accomplir quelques bonnes œuvres mais de rechercher un changement social »

Car, comme l’a déjà dit le pape François aux participants à la rencontre « Économie de Communion » du 5 février 2017 : « On ne le dira jamais assez, le capitalisme continue à produire les « mis à l’écart » qu’ensuite il voudrait soigner. Le principal problème éthique du capitalisme est la création des mis à l’écart pour ensuite chercher à les cacher ou les soigner pour qu’on ne les voit plus ».

Dans l’Eglise : mettre les plus petits aux premières places

Mais ce chemin de sainteté n’est pas qu’un combat politique ou social, c’est aussi un combat personnel, spirituel et ecclésial. Le pape redit son attachement à ce que l’Église soit le lieu où les plus petits soient aux première places : « Quand tu sens la tentation de t’enliser dans ta fragilité, lève les yeux vers le Crucifié et dis-lui : ‘‘Seigneur, je suis un pauvre, mais tu peux réaliser le miracle de me rendre meilleur’’. Dans l’Église, sainte et composée de pécheurs, tu trouveras tout ce dont tu as besoin pour progresser vers la sainteté ».

L’Église de France a créée la Mission Ouvrière pour que les personnes du milieu ouvrier et des quartiers populaires puissent découvrir et faire grandir leur foi dans un lieu d’Église où ils sont à la première place, où ils seront libre de trouver leur chemin vers la sainteté.

Ce défi, le pape le lance à toute l’Église. Et « défi » est bien le mot ! Quand on sait que seulement 1% des participants aux JMJ ont au moins un parent ouvrier ou au moins un parent au chômage et que dans le même temps plus de la moitié d’entre-eux sont des enfants de cadres supérieurs. On prend conscience de l’urgence pour l’Eglise a se lancer à la rencontre des périphéries. Pour le pape, ce sont des terrains difficiles mais prioritaires : « Nous avons besoin de l’impulsion de l’Esprit pour ne pas être paralysés par la peur et par le calcul, pour ne pas nous habituer à ne marcher que dans des périmètres sûrs. Souvenons-nous que ce qui est renfermé finit par sentir l’humidité et par nous rendre malades ».

Dieu est aux périphéries : rejoignez le !

Le pape François lance enfin cet appel vibrant aux chrétiens « Dieu est toujours une nouveauté, qui nous pousse à partir sans relâche et à nous déplacer pour aller au-delà de ce qui est connu, vers les périphéries et les frontières. Il nous conduit là où l’humanité est la plus blessée et là où les êtres humains, sous l’apparence de la superficialité et du conformisme, continuent à chercher la réponse à la question du sens de la vie. Dieu n’a pas peur ! Il n’a pas peur ! Il va toujours au-delà de nos schémas et ne craint pas les périphéries. Lui-même s’est fait périphérie (cf. Ph 2, 6-8 ; Jn 1, 14). C’est pourquoi, si nous osons aller aux périphéries, nous l’y trouverons, il y sera. Jésus nous devance dans le cœur de ce frère, dans sa chair blessée, dans sa vie opprimée, dans son âme obscurcie. Il y est déjà ».

L’exhortation apostolique « Gaudete et exsultate » sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel offre de nombreuses pistes pour cheminer vers une vie plus heureuse et plus sainte. Et la place première des plus petits y a une grande place. Laissons nous convertir par cet appel !

La protection sociale : un droit, un combat ouvrier, une exigence chrétienne !

Une grande enquête sur la protection sociale

Le Secours Catholique, en lien avec ses partenaires du Collectif pour une protection sociale solidaire a lancé une grande enquête pour recueillir les expériences que nous vivons tous en lien avec la protection sociale et pour permettre à chacun de réagir à quelques propositions.

Cette enquête, soutenue par la Mission Ouvrière du diocèse de Lille, met le doit sur un nœud de l’engagement des chrétiens en monde ouvrier et quartiers populaires. Car la protection sociale est à la fois un droit fondamental, un combat du mouvement ouvrier et une exigence de la doctrine sociale de l’Eglise et de la foi chrétienne.

La protection sociale, un droit fondamental

La république française définit la protection sociale comme  » l’ensemble des mécanismes de prévoyance collective, permettant aux individus de faire face aux conséquences financières des « risques sociaux ». Il s’agit de situations susceptibles de compromettre la sécurité économique de l’individu ou de sa famille, en provoquant une baisse de ses ressources ou une hausse de ses dépenses : vieillesse, maladie, invalidité, chômage, maternité, charges de famille, etc « .

Cette protection contre les risques sociaux est une création récente. Il y a 200 ans, seul la charité d’institutions et de personnes privées permettait de venir au secours de personnes frappées par la maladie, la vieillesse ou l’invalidité. C’est au 19ème siècle que, sous la pression des organisations ouvrières, la puissance publique commence à prendre en main la protection sociale. Cette dynamique aboutira en 1948 par la reconnaissance dans la déclaration universelle des droits de l’Homme de la protection sociale comme un droit fondamental de la personne humaine.

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Eleanor Roosevelt tenant la version française de la DUDH en novembre 1949

Extrait de la déclaration universelle des droits de l’Homme adoptée par l’organisation des nations unies en 1948

Article 23

1. Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage.
2. Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal.
3. Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu’à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s’il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale.
4. Toute personne a le droit de fonder avec d’autres des syndicats et de s’affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts.

Article 24

Toute personne a droit au repos et aux loisirs et notamment à une limitation raisonnable de la durée du travail et à des congés payés périodiques.

Article 25

1. Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté.
2. La maternité et l’enfance ont droit à une aide et à une assistance spéciales. Tous les enfants, qu’ils soient nés dans le mariage ou hors mariage, jouissent de la même protection sociale.

La protection sociale, un combat du mouvement ouvrier

Mais cette reconnaissance ne s’est pas faite toute seule. Il aura fallu des dizaines d’années de lutte du mouvement ouvrier pour imposer la protection sociale aux riches et aux puissants. Dès le milieu du 19ème siècle, les ouvriers s’organisent pour créer des caisses de secours. Chacun cotise pour venir en aide aux ouvriers malades, blessés ou âgés. Mais les bas salaires et l’interdiction des organisations ouvrière par la loi française empêche une réelle efficacité de la protection des travailleurs et de leur famille.

Ce sera à force de grève, d’occupations d’usines, de combats juridiques et politiques, que les organisations ouvrières réussiront à arracher peu à peu des lois de protection sociale :

  • En 1898, la loi assurant la protection contre les accidents du travail des salariés de l’industrie (modification du régime de responsabilité civile : le salarié bénéficie d’une protection générale, son dommage est réparé soit directement par l’employeur soit par des caisses permettant la mutualisation des coûts entre les employeurs).
  • En 1910, la lois créant le premier système interprofessionnel de retraite au bénéfice des salariés faiblement rémunérés des secteurs industriels et agricoles, les retraites ouvrières et paysannes.
  • En 1928 et 1930, les lois créant au bénéfice des salariés de l’industrie et du commerce le premier système complet et obligatoire d’assurances sociales (couverture des risques maladie, maternité, invalidité, vieillesse, décès).

Dans cette période, la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC) est aux avant-postes. Elle développe de nombreux services pour les jeunes travailleurs dont certains en lien avec la protection sociale : le service d’aide aux malades avec la créations de sanatoriums, le bureau de placement pour les jeunes chômeurs…

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Affiche du film documentaire « La Sociale » sorti en 2016 sur l’histoire de la Sécurité Sociale

La création d’un vrai système de protection sociale pour tous ne voit le jour qu’en 1945 avec la création de la Sécurité Sociale par les ordonnances des 4 et 19 octobre. Cette grande victoire du mouvement ouvrier va profondément changer la vie des travailleurs et de leur famille en apportant une vraie protection.

Mais ce combat est loin d’être fini. Car si depuis 1945 les syndicats et les organisations ouvrières continuent d’agir pour améliorer ce système, de leur coté, les forces de la finance ne cesse d’agir pour le détruire par des campagnes de décrédibilisation et en déséquilibrant ses comptes.

La protection sociale, une exigence chrétienne

Si de nombreux chrétiens se sont engagés pour la protection sociale c’est parce qu’elle est une exigence de la foi chrétienne et de la doctrine sociale de l’Eglise.

Les Saintes Écritures : la protection sociale en germe

Les Saintes Écritures portent en elles les éléments fondamentaux de la protection sociale. Dans l’ancien testament, la Loi de Moïse insiste sur le devoir de protéger les plus faibles :
“ Il rend justice à l’orphelin et à la veuve et témoigne son amour à l’étranger en lui assurant le pain et le vêtement.” Dt 10,18
“ Tu ne fausseras pas le cours de la justice au détriment d’un immigré, ni d’un orphelin.” Dt 24,17
“Maudit soit celui qui fausse le cours de la justice au détriment de l’immigré, de l’orphelin et de la veuve.” Dt 27,19

Les prophètes montreront un attachement fort à cette exigence de protection des plus petits. Dans le nouveau testament, de nombreuses passages montrent comment Jésus Christ reprend ces mêmes préoccupations.

Le plus emblématique est cet extrait de l’Évangile selon St Matthieu (25, 31-40) :

« Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs : il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche. Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : “Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !” Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ?  tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?” Et le Roi leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.

La protection sociale, une exigence de la doctrine sociale de l’Eglise

En 1891, le pape Léon XIII publie l’encyclique Rerum Novarum (RN) qui  condamne le capitalisme et le libéralisme en les rendant responsable de la situation dégradante des travailleurs et qui défend le rôle de l’Etat dans la protection sociale :

“Quoi qu’il en soit, Nous sommes persuadé, et tout le monde en convient, qu’il faut, par des mesures promptes et efficaces, venir en aide aux hommes des classes inférieures, attendu qu’ils sont pour la plupart dans une situation d’infortune et de misère imméritées.” (RN 1)
“Il est donc évident que l’autorité publique doit aussi prendre les mesures voulues pour
sauvegarder la vie et les intérêts de la classe ouvrière. Si elle y manque, elle viole la stricte justice” (RN 24)
“Toutefois, dans la protection des droits privés, il doit se préoccuper d’une manière spéciale des faibles et des indigents. La classe riche se fait comme un rempart de ses richesses et a moins besoin de la tutelle publique. La classe indigente, au contraire, sans richesses pour la mettre à couvert des injustices, compte surtout sur la protection de l’Etat. L’État doit donc entourer de soin et d’une sollicitude toute particulière les travailleurs qui appartiennent à la classe pauvre en général. ” (RN 27)

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La pape Jean XXIII modernisera considérablement cette vision tout en en gardant le sens et la radicalité.

Dans l’encyclique Pacem in Terris (1963) il fait ressortir que la défense des droits humains, dont le fondement est le principe de la dignité humaine, est la base de l’exigence de protection sociale pour toutes les personnes : « Tout être humain a droit à la vie… aux moyens nécessaires et suffisants pour une existence décente, notamment en ce qui concerne l’alimentation… l’habitation, le repos, les soins médicaux, les services sociaux. Par conséquent, l’homme a droit à la sécurité en cas de maladie, d’invalidité… de chômage…” (PT 11).

Un des documents le plus important du Concile Vatican II est la constitution pastorale Gaudium et Spes (GS) de 1965. Parmi les droits des travailleurs, elle met en relief les systèmes de sécurité et protection sociales : “Il importe donc d’adapter tout le processus du travail productif aux besoins de la personne et aux modalités de son existence. (…) Tout en y appliquant leur temps et leurs forces d’une manière consciencieuse, que tous jouissent par ailleurs d’un temps de repos et de loisir suffisant qui leur permette aussi d’entretenir une vie familiale, culturelle, sociale et religieuse.” (GS 67)

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Une session du concile Vatican II en 1965

En 1981, le pape Jean Paul II enfonce le clou dans l’encyclique Laborem Exercens (LE) : “À côté du salaire, entrent encore ici en jeu diverses prestations sociales qui ont pour but d’assurer la vie et la santé des travailleurs et de leurs familles. Les dépenses concernant les soins de santé nécessaires, spécialement en cas d’accident du travail, exigent que le travailleur ait facilement accès à l’assistance sanitaire et cela, dans la mesure du possible, à prix réduit ou même gratuitement. Un autre secteur qui concerne les prestations est celui du droit au repos”(LE 19).

Dans l’encyclique Caritas in Veritate (CV) de 2009, Benoît XVI offre une réflexion intéressante sur ce qui se passe dans le monde du travail, les problèmes qui ont aujourd’hui les systèmes de protection sociale et le besoin de les défendre pour affirmer que le principe de la dignité de la personne est la première valeur qu’il faut sauvegarder. “Du point de vue social, les systèmes de protection et de prévoyance peinent et pourraient avoir plus de mal encore à l’avenir à poursuivre leurs objectifs de vraie justice sociale … Le marché a encouragé des formes nouvelles de compétition entre les États … Ces processus ont entraîné l’affaiblissement des réseaux de protection sociale en contrepartie de la recherche de plus grands avantages de compétitivité sur le marché mondial, faisant peser de graves menaces sur les droits des travailleurs et sur la solidarité mise en oeuvre par les formes traditionnelles de l’État social. Les systèmes de sécurité sociale peuvent perdre la capacité de remplir leur mission dans les pays émergents et dans les pays déjà développés, comme dans des pays pauvres. Là, les politiques d’équilibre budgétaire, avec des coupes dans les dépenses sociales peuvent laisser les citoyens désarmés face aux risques nouveaux et anciens ; et une telle impuissance est accentuée par le manque de protection efficace de la part des associations de travailleurs. ” (CV25 ; cf. 32)

Les chrétiens du milieu ouvrier en première ligne

Les chrétiens du milieu ouvrier et des quartiers populaires doivent être en première ligne du combat pour la protection sociale en XXIème siècle. Parce que ce combat engage à la fois leurs droits humains, leur condition et leur histoire ouvrière et leur foi chrétienne.

 

Protection sociale : participez à la grande enquête !

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Une grande enquête sur la protection sociale

Le Secours Catholique a décidé en novembre 2014, suite à la publication de son rapport statistique annuel sur l’état de la pauvreté, de lancer une démarche participative et citoyenne autour de la protection sociale. Il a créé le collectif pour une protection sociale solidaire avec la Fédération des Centres sociaux et socio-culturels, le Réseau National des Accorderies et l’association Aequitaz.

Ce projet vise à mettre dans le débat public des idées sur lesquelles pourrait se refonder notre système de protection sociale pour le rendre plus solidaire encore, moins dur avec les plus fragiles, reconnaissant d’autres formes de contributions à la vie que les cotisations sociales. Quand certains aimeraient le placer dans une logique marchande, nous souhaitons le rendre plus juste, plus solidaires, prenant mieux encore les aléas de la vie d’aujourd’hui.

Le Secours Catholique, en lien avec ses partenaires du Collectif pour une protection sociale solidaire a lancé une grande enquête pour recueillir les expériences que nous vivons tous en lien avec la protection sociale et pour permettre, dans la seconde partie de l’enquête de recueillir votre avis sur quelques propositions.

Tous mobilisés !

La protection sociale est à la fois un droit fondamental, une grande conquête du mouvement ouvrier et une exigence de la doctrine sociale de l’Eglise. La Mission Ouvrière du diocèse de Lille s’associe donc à cette grande démarche d’enquête et invite chacun à participer et à diffuser cette enquête.

Elle est accessible par internet à l’adresse suivante : https://enqueteprotectionsociale.org/pages/en-quete-d-une-protection-sociale-plus-juste

Elle comprend deux parties, l’une ayant tait à votre propre expérience de la protection sociale et à la manière dont vous avez pu, facilement ou plus difficilement faire valoir vos droits. L’autre vous proposant de valider ou d’invalider un certain nombre de proposition.

Aborder les questions de protection sociale à partir de sa propre expérience de vie et en donnant son avis ; cela vous tente ? Sortir du sempiternel débat sur le trou de la sécu vous semble pertinent ? Alors, allez-y. Remplissez et diffusez l’enquête autour de vous.

Commandez les actes de la journée d’études « Il y a 90 ans, la JOC naissait à Lille »

Le 18 novembre 2018, la journée d’études « Il y a 90 ans, la JOC naissait à Lille » réunissait 200 participants dans les locaux de la faculté des sciences juridiques et politique de l’université de Lille. Dès maintenant, vous pouvez commander les actes de cette journée exceptionnelle à un tarif qui l’est tout autant !

JOC.

Au cours de cette journée, des historiens, des sociologues et d’autres universitaires ont retracés la fondation et les premiers pas de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne dans le Nord. Ils ont mit en lumière l’incroyable influence de cette association de jeunes ouvriers sur l’Eglise et sur le mouvement ouvrier français. Des anciens jocistes, des années 50 à aujourd’hui, sont venus témoigner de leur parcours et de la manière dont la JOC a transformé leur vie.

L’intégralité de leurs interventions paraîtront à l’automne 2018 dans un hors-série spécial de  »La revue du Nord », revue d’histoire reconnue pour sa mise en valeur des recherches menées sur la France du Nord. Ce précieux document comportera 180 pages au prix de 18 €. Nous lançons aujourd’hui une souscription au prix préférentiel de 15 € (frais de port inclus).

Plus qu’une tranche majeure de l’histoire du Nord, de son Eglise et de sa vie ouvrière, ce document est aussi l’occasion de renouveler votre regard sur l’action militante et l’annonce de la Bonne Nouvelle dans le milieu ouvrier et les quartiers populaires aujourd’hui !

Dès à présent, nous vous invitons à passer commande. Date-butoir le 15 mai 2018 pour pouvoir bénéficier du prix-souscription.

Téléchargez le bon de souscription : BON de souscription des Actes Il y a 90 ans, la JOC naissait à Lille

 

Créer du lien social en quartier populaire est-il devenu un combat ? Echos du dernier CDMO du diocèse de Lille

Le Conseil Diocésain de la Mission Ouvrière (CDMO) s’est tenu à Lille, le 31 janvier 2018 autour d’une question importante : Créer du lien social en quartiers populaires est il devenu un combat ?

Le CDMO : lieu de rencontre de l’Eglise et du milieu ouvrier

Le CDMO réunit trois fois par an autour de l’archevêque de Lille les principaux acteurs de l’annonce de la Bonne Nouvelle dans le milieu ouvrier et les quartiers populaires du diocèse. C’est l’occasion pour les composantes de la Mission Ouvrière de partager leurs initiatives et de se mettre à l’écoute de celles du diocèse. C’est surtout un moment privilégié pour relire la vie des personnes du milieu ouvrier et des quartiers populaires à la lumière de l’Évangile.

 

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Quelques membres du CDMO avec Mgr Ulrich

Une précédente relecture du CDMO sur le thème de la compétition avait mit en lumière que la compétition s’imitait dans tout nos lieux de vie et qu’à ce jeu là, les personnes du milieu ouvrier sortaient très souvent perdants ou mit sur la touche. De cette relecture est née l’idée de l’action symbolique « Grain de folie » qui s’est tenue dans les rue de Lille le 23 septembre 2017.

La création de liens fraternels sur la première marche des initiatives en quartiers populaires

Par le biais des grains de folie, ces petites balles de polystyrène sur lesquelles les habitants des quartiers populaires de tout le diocèse ont écrit les initiatives de fraternité qu’ils ont vécus, cette action symbolique a permit de remonter et de valoriser plus de 1000 témoignages !

GdF - Accrochage collectif
L’action symbolique « Grains de folie » en septembre 2017 à Lille

La relecture de ces grains de folie montre qu’une grande partie d’entre eux mettent en avant des initiatives de création de lien social. Ainsi, 31,25% des grains de folie évoquent des initiatives de création de relations fraternelles comme des repas, des fêtes, des sorties, des amitiés, des temps de partages… Et 10,16% des grains de folie évoquent des initiatives de vivre ensemble pour faire tomber les barrières des préjugés. La création de lien social est donc le premier thème évoqué dans les grains de folie, loin devant les engagements (14,06%), l’action caritative (9,38%), le soutien aux migrants (9,22%), les luttes au travail et avec les syndicats (7,81%) ou la politique (3,91%).

Visages de personnes bien insérées ou isolées

Cette réalité doit interroger les acteurs d’Église en monde ouvrier car elle fait écho aux situations d’isolement et de fragilités qui sont de plus en plus nombreuses et aux carte de relations qui sont de plus en plus minces. Pour donner des visages à cette réalité, les membres du CDMO ont partagé des situations concrètes de personnes en situation d’isolement et de personnes bien insérées.

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La JOC, créatrice de lien social, par ses permanences comme ici à Lille

Sont évoqués un jeune étudiant issu de la migration qui vit la précarité (logement vétuste, 1h de transport pour aller à la fac…) mais qui refuse de se faire aider. Un ami retraité qui après une vie affective chaotique doit s’occuper d’une proche dépendante. Un sans abri malade de l’alcool et en rupture familiale. Ils ont en commun d’avoir un petit réseau autour d’eux mais ils ont le sentiment de ne pas avoir leur place dans cette société.

Le CDMO évoque aussi la situation d’un étudiant lillois engagé en JOC, d’un retraité actif dans une association, d’une jeune mère de famille modeste qui s’est prise en main pour donner un avenir à ses enfants. Ils ont en commun d’avoir eu une stabilité qui leur permet d’avancer ou de rebondir.

Ainsi l’insertion sociale et la stabilité semblent bel et bien liés. Une interrogation profonde pour notre monde du travail qui exige sans cesse plus de flexibilité et de mobilité au mépris de ancrages humains et familiaux.

 » Jésus ne dit pas aux Apôtres de former un groupe exclusif, un groupe d’élite « 

Le CDMO a souhaité analyser ces situations à la lumière de la parole de l’Église en se laissant intéroger par un extrait de l’exhortation apostolique « Evangelii Gaudium » du pape François.

Ce salut, que Dieu réalise et que l’Église annonce joyeusement, est destiné à tous, et Dieu a donné naissance à un chemin pour s’unir chacun des êtres humains de tous les temps. Il a choisi de les convoquer comme peuple et non pas comme des êtres isolés. Personne ne se sauve tout seul, c’est-à-dire, ni comme individu isolé ni par ses propres forces. Dieu nous attire en tenant compte de la trame complexe des relations interpersonnelles que comporte la vie dans une communauté humaine. Ce peuple que Dieu s’est choisi et a convoqué est l’Église. Jésus ne dit pas aux Apôtres de former un groupe exclusif, un groupe d’élite. Jésus dit : « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples » (Mt 28, 19). Saint Paul affirme qu’au sein du peuple de Dieu, dans l’Église, « il n’y a ni Juif ni Grec […] car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3, 28). Je voudrais dire à ceux qui se sentent loin de Dieu et de l’Église, à ceux qui sont craintifs et indifférents : Le Seigneur t’appelle toi aussi à faire partie de son peuple et il le fait avec grand respect et amour !

Être Église c’est être Peuple de Dieu, en accord avec le grand projet d’amour du Père. Cela appelle à être le ferment de Dieu au sein de l’humanité. Cela veut dire annoncer et porter le salut de Dieu dans notre monde, qui souvent se perd, a besoin de réponses qui donnent courage et espérance, ainsi qu’une nouvelle vigueur dans la marche. L’Église doit être le lieu de la miséricorde gratuite, où tout le monde peut se sentir accueilli, aimé, pardonné et encouragé à vivre selon la bonne vie de l’Évangile.

Pape François, Evangelii Gaudium, § 113-114, novembre 2013

Pour les membres du CDMO ce texte renvoie aux fondements même de l’Église :  »Allez donc, de toutes les nations… »». On y sent la touche personnelle du pape François, de son attention aux périphéries avec cette conviction forte  »vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus ». Il nous invite a être un Église qui construit du lien partout où ils sont détruits ou empêché. Une mission qui fait échos à l’action symbolique « Grains de folie » qui avait prit comme symbole des grains de sables bloquant les rouages de la déshumanisation et de l’égoïsme.

Quelques pistes pour un chemin de résistance

Mais comment être cette Église créatrice de lien quand toute notre société pousse à la division, à la mise en concurrence et à l’individualisme ? Le CDMO partage certaines pistes. La plus importante est la persévérance et la patience. En créant du lien, en donnant priorité à l’humain, notre Église est à contre-courant.

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Elle doit continuer de résister et de ne jamais s’arrêter de tendre des perches à ceux qui sont isolés même si parfois ça ne suffit pas. « Personne ne se sauve tout seul » rappelle un membre du CDMO. « La vie associative est une force qu’il faut cultiver ». Les temps de rassemblement sont aussi important car ils permettent aux petits groupe isolés de  »faire peuple ». Mais le collectif ce n’est pas que les personnes réunies dans un même pièce, c’est aussi leurs réseaux. Les militants sont appelés a être des connecteurs de réseaux. Il faut continuer à décloisonner nos engagements politiques, syndicaux, associatifs et ecclésiaux.

Au cœur de cette démarche il y a la responsabilisation : Responsabiliser en faisant confiance, en articulant mieux les petits et les grands groupes, en ayant une attitude bienveillante, en ne renonçant pas à lancer un appel parce qu’on estime à l’avance que la personne refusera, en mettant en valeur les petits pas vers la responsabilité.

Un combat contre la peur

Oui ! La création de lien social, de relations fraternelles est devenu un engagement et un combat. Les politiques publiques libérales dès 40 dernières années se sont attaquées à tout ce qui était créateur de lien dans le milieu ouvrier et les quartiers populaires.

Le monde du travail a été précarisé et appauvri. Le monde associatif a perdu ses financements et sa liberté d’innover. Le monde syndical a été accusé de tous les maux. La vie politique a montré son incapacité à s’opposer à la rapacité des forces de l’argent. La famille est mise à mal par la précarité et les pauvretés. Ces politiques publiques et cette idéologie a conduit a diviser les personnes et à les mettre en compétition. Une compétition de plus en plus violente basée sur la peur : peur de perdre son emploi, sa maison, sa famille…

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Une réalité sociale que le pape François décrit très bien dans son message aux mouvements populaires du 5 novembre 2016 : « Les citoyens qui conservent encore quelques droits sont tentés par la fausse sécurité des murs physiques ou sociaux. Des murs qui enferment certains et qui exilent d’autres. Des citoyens murés, terrorisés d’un côté ; exclus, exilés, encore plus terrorisés de l’autre. Est-ce là la vie que Dieu notre Père veut pour ses fils ? La peur est alimentée, manipulée… Parce que la peur, en plus d’être une bonne affaire pour les marchands d’armes et de mort, nous affaiblit, nous déstabilise, détruit nos défenses psychologiques et spirituelles, nous anesthésie face à la souffrance des autres et, à la fin, nous rend cruels ».

L’Eglise en première ligne

Alors oui ! Créer des solidarités et des amitiés humaines est un acte de résistance face au « terrorisme de l’argent » comme l’appel le pape. Et l’Église doit être en première ligne dans ce combat et elle l’est déjà ! Elle l’est quand des enfants de l’ACE joue ensemble. Elle l’est quand des militants de la JOC vont rencontrer un jeune isolé pour l’écouter et lui présenter leurs campagne du l’emploi digne. Elle l’est quand l’ACO organise un partage sur la politique ou le travail. Elle l’est quand la Pastorale des Migrants réunie les acteurs de solidarité auprès des migrants lors d’une journée de relecture… Elle le sera tant qu’elle poursuivra son chemin de résistance qui passe avant tout par les périphéries.

La JOC vue par… Louis Dooghe, ancien jociste, grande figure de l’éducation populaire

Une grande journée d’étude sur la fondation de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC) a eu lieu le 18 novembre 2017 à l’Université de Lille 2 dans les locaux de la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales. Plus de 200 personnes étaient présente pour découvrir comment et pourquoi la JOC est née à Lille en 1926 et comment cette fondation a changer en profondeur l’Église catholique et le mouvement ouvrier français.

Chaque semaine, la Mission Ouvrière du diocèse de Lille vous fera découvrir le regard d’un intervenant ou d’un témoin de cette grande journée d’étude. Aujourd’hui, nous vous partageons les grandes lignes de l’intervention de Louis Dooghe, ancien jociste,  permanent de la JOC (1950-1952) ;  ouvrier menuisier, éducateur ; fondateur du foyer de culture populaire de Marcq-en-Barœul (Nord, 1956), ancien président de l’Union des clubs de prévention du Nord (1963) et de la Fédération des foyers de culture populaire (1965). Une grande figure du monde de l’éducation populaire qui témoigne de son parcours en JOC.

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Louis Dooghe lors de la journée d’étude sur la fondation de la JOC à Lille

Louis Dooghe commence par partager aux participants son enfance dans le monde ouvrier avant de témoigner de ses premiers combats en JOC et à l’usine : « A l’usine, il y avait du bizutage auprès des mousses [les apprentis]. En tant que jociste, je ne pouvais pas laisser passer ça ! J’ai menacé mes collègues avec un marteau pour que ça cesse. Je l’ai lancer au travers de l’atelier et ça a cessé ».

Il poursuit en expliquant les luttes menées avec les jocistes et surtout la confiance qu’il a reçu d’un mouvement qui a su croire en lui : « La JOC m’a permit de vaincre ma timidité, de comprendre que j’avais des capacités. J’ai fondé le premier club de prévention du Nord et j’ai participé à la rédaction des textes fondateurs du métier ! Moi ! Le petit ouvrier ! ».

La semaine prochaine, découvrez les grandes lignes du témoignage de Paul Destailleur, ancien jociste des années 60, militant syndical et politique à Roubaix.

Retrouvez l’intégralité des interventions et des témoignages de la journée d’étude du 18 novembre 2017 dans les actes de la journée d’étude à paraître très bientôt.

La fondation de la JOC vue par… Bruno Duriez, sociologue au CNRS

Une grande journée d’étude sur la fondation de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC) a eu lieu le 18 novembre 2017 à l’Université de Lille 2 dans les locaux de la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales. Plus de 200 personnes étaient présente pour découvrir comment et pourquoi la JOC est née à Lille en 1926 et comment cette fondation a changer en profondeur l’Eglise catholique et le mouvement ouvrier français.

Chaque semaine, la Mission Ouvrière du diocèse de Lille vous fera découvrir le regard d’un intervenant ou d’un témoin de cette grande journée d’étude. Aujourd’hui, nous vous partageons les grandes lignes de l’intervention de Bruno Duriez, directeur de recherche en science sociales au CNRS, sur les débuts foudroyants de la JOC dans l’agglomération lilloise.

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Bruno Duriez lors de la journée d’étude sur la fondation de la JOC à Lille

L’intervention de Bruno Duriez débute par un premier scoop : « Joseph Cardijn, le fondateur de la JOC en Belgique, s’est personnellement impliqué dans le fondation de la JOC à Lille et à Roubaix. Il est venu sur place pour lancer le mouvement dès le début ».

Dans les années 20, la JOC va connaitre un succès foudroyant car elle répond à un besoin de l’Eglise qui ne sait pas comment s’adresser et surtout comment garder les jeunes du milieu ouvrier qui fréquentaient les paroisses. Il rappelle que les tentatives précédente à destination des jeunes du milieu ouvrier se sont avérées insuffisantes : « Dès les années 20, l’Association Catholique de la Jeunesse Française ont lancé des sections ouvrières, mais ceux-ci ne voulaient pas devenir les membres d’une structure dirigée par des étudiants ».

La JOC est donc créée et s’agrandie à grands pas dans l’agglomération lilloise grâce à trois facteurs :

  • la présence de jeunes ouvriers dans les patronages
  • la stratégie offensive de la JOC
  • le soutien de l’évêque de Lille

Mais ce développement ne se fait pas sans heurts puisque en effet « l’intégralisme  de la JOC [le fait que la JOC propose un projet de vie complet aux jeunes] fait peur aux associations et aux syndicats chrétiens qui craignent une trop grande autonomie du mouvement ». Pourtant, le mouvement reste profondément ancré dans l’Église orientant naturellement ses adhérents vers le syndicalisme chrétien et les engagements proches de l’Eglise.

La semaine prochaine, découvrez les grandes lignes du témoignage de Louis Dooghe, ancien jociste des années 50, créateur des premiers clubs de prévention et grande figure de l’éducation populaire.

Retrouvez l’intégralité des interventions et des témoignages de la journée d’étude du 18 novembre 2017 dans les actes de la journée d’étude à paraître très bientôt.

Formation « Accompagner et développer des projets de fraternité » 2018 : les inscriptions sont ouvertes !

Accompagner et développer des projets de fraternité dans le monde ouvrier et les quartiers populaires n’est pas toujours simple. Surtout quand on veut que les personnes en situation de pauvreté ou de fragilité en soit les acteurs et même les porteurs. Cette ambition que porte depuis longtemps la Mission Ouvrière est partagée par d’autres dans le diocèse de Lille, réunis au sein du collectif Frat’éveil.

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L’an dernier ce collectif a lancé la première formation-action pour accompagner et développer des projets de fraternité. Une première année couronnée de succès avec de nombreux groupes et de beaux projets en développement.

Une aventure humaine forte et concrète

Fort de ce succès, le collectif Frat’éveil lance un nouveau cycle de formation qui débutera en janvier 2018.

Vous êtes une personne qui a connu ou qui connait encore les difficultés du monde ouvrier (précarité, chômage, isolement, maladie…) ? Vous refusez de vous résigner et de la jouer perso ?

Ou alors vous voulez permettre aux personnes en fragilité de devenir acteurs de leur vie, de la société et de l’Eglise ? Vous souhaitez vivre une aventure humaine forte et concrète qui participe à la construction d’un monde plus juste et fraternel ?

Que vous ayez déja une idée de projet en tête ou pas, inscrivez vous à la formation action 2018 ! Cette formation se fait à partir de l’expérience de terrain et l’expérience de vie de chaque participant. Une démarche participative guide les journées et permet à chaque participant de bénéficier de l’apport des autres. La formation s’appuie sur les projets, et prend en compte les besoins de chaque binôme. La diversité des participants fait de la formation un lieu d’expérimentation.

Infos pratiques

COÛT : Participation souhaitée par personne : 50 € par jour (dont le repas). Des subventions seront demandées à différents partenaires. L’argent ne doit pas être un problème.

LIEU et INSCRIPTIONS : Maison de l’Apostolat des Laïcs – 39, rue de la monnaie – 59000 Lille Tél : 03.20.06.43.02 osonslafraternite@lille.catholique.fr

PUBLIC : Des binômes ayant un projet de fraternité, formés d’une personne ayant l’expérience de la précarité et d’une personne qui est dans l’accompagnement de projet.

CONTENU : Chaque session permet d’aborder une facette des projets de fraternité : Repérer et comprendre les critères pour construire un projet de fraternité. Découvrir les balises qui permettent à chacun de prendre la parole et de réfléchir ensemble. Voir comment on fait pour que chacun devienne acteur du projet. Voir comment les plus pauvres peuvent trouver leur place dans l’Église et la société. La façon de travailler permet à des personnes qui n’ont pas fait beaucoup d’études d’y participer pleinement. Une équipe assure la préparation des sessions et accompagne les participants entre les sessions, avec l’appui de l’association « Participation et Fraternité ». (www.participationfraternite.fr)

DATES : (formation sur 5 jours) 4 samedis et 1 vendredi. Dates pour 2018 : 13 janvier, 17 février, 7 avril, 1er et 2 juin

HORAIRES : 9h00 -12h00 ; 13h30 -17h30

Téléchargez le bulletin d’inscription : INSCRIPTION formation action

CONTACTS : Olivier BARREY 06.41.37.26.75 olivbarrey@hotmail.fr / Jérôme MONTOIS 06.33.57.68.43 jerome.montois@gmail.com

La fondation de la JOC à Lille vue par… Jean-Marc Guislin, historien à l’université de Lille 3

Une grande journée d’étude sur la fondation de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC) a eu lieu le 18 novembre 2017 à l’Université de Lille 2 dans les locaux de la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales. Plus de 200 personnes étaient présente pour découvrir comment et pourquoi la JOC est née à Lille en 1926 et comment cette fondation a changer en profondeur l’Eglise catholique et le mouvement ouvrier français.

Chaque semaine, la Mission Ouvrière du diocèse de Lille vous fera découvrir le regard d’un intervenant ou d’un témoin de cette grande journée d’étude. Aujourd’hui, Jean-Marc Guislin, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Lille 3, apporte son regard sur le contexte politique, économique et social de la ville de Lille et en particulier du quartier de Moulins au moment de la création de la JOC en 1926.

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Jean-Marc Guislin lors de la journée d’étude sur la fondation de la JOC à Lille

Lors de son intervention, Jean-Marc Guislin a commencé par rappeler qu’en 1926, le quartier ouvrier de Moulins à Lille était couvert de fabriques et d’usines qui ont beaucoup souffert de la première guerre mondiale. Les bombardements et les démantèlements ont beaucoup fait souffrir le tissu industriel lillois. Dans ce quartiers, les taudis ouvriers insalubres côtoyaient les châteaux des magnats de l’industrie lilloise.

Jean-Marc Guislin souligne d’autres contradictions : « Dans les années 1920, le salaire réel des ouvriers diminue sensiblement. Pourtant la conflictualité n’était pas forte dans les usines avec peu de mouvements de grèves ».

Lille Moulins est un quartier qui est vite devenu un vivier du catholicisme social autour de l’église Saint Vincent de Paul. Un catholicisme social qui se heurte violemment à l’anticléricalisme d’une partie des organisations ouvrière mais dont les acteurs ne sont que plus combatifs.

Ce sont ces acteurs qui seront les premiers à s’investir dans la fondation de la JOC à partir de 1926.

La semaine prochaine, découvrez les grandes lignes de l’intervention de Bruno Duriez, sociologue au CNRS, sur les premiers pas de la JOC à Lille.

Retrouvez l’intégralité des interventions et des témoignages de la journée d’étude du 18 novembre 2017 dans les actes de la journée d’étude à paraître très bientôt.