La JOC vue par… Louis Dooghe, ancien jociste, grande figure de l’éducation populaire

Une grande journée d’étude sur la fondation de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC) a eu lieu le 18 novembre 2017 à l’Université de Lille 2 dans les locaux de la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales. Plus de 200 personnes étaient présente pour découvrir comment et pourquoi la JOC est née à Lille en 1926 et comment cette fondation a changer en profondeur l’Église catholique et le mouvement ouvrier français.

Chaque semaine, la Mission Ouvrière du diocèse de Lille vous fera découvrir le regard d’un intervenant ou d’un témoin de cette grande journée d’étude. Aujourd’hui, nous vous partageons les grandes lignes de l’intervention de Louis Dooghe, ancien jociste,  permanent de la JOC (1950-1952) ;  ouvrier menuisier, éducateur ; fondateur du foyer de culture populaire de Marcq-en-Barœul (Nord, 1956), ancien président de l’Union des clubs de prévention du Nord (1963) et de la Fédération des foyers de culture populaire (1965). Une grande figure du monde de l’éducation populaire qui témoigne de son parcours en JOC.

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Louis Dooghe lors de la journée d’étude sur la fondation de la JOC à Lille

Louis Dooghe commence par partager aux participants son enfance dans le monde ouvrier avant de témoigner de ses premiers combats en JOC et à l’usine : « A l’usine, il y avait du bizutage auprès des mousses [les apprentis]. En tant que jociste, je ne pouvais pas laisser passer ça ! J’ai menacé mes collègues avec un marteau pour que ça cesse. Je l’ai lancer au travers de l’atelier et ça a cessé ».

Il poursuit en expliquant les luttes menées avec les jocistes et surtout la confiance qu’il a reçu d’un mouvement qui a su croire en lui : « La JOC m’a permit de vaincre ma timidité, de comprendre que j’avais des capacités. J’ai fondé le premier club de prévention du Nord et j’ai participé à la rédaction des textes fondateurs du métier ! Moi ! Le petit ouvrier ! ».

La semaine prochaine, découvrez les grandes lignes du témoignage de Paul Destailleur, ancien jociste des années 60, militant syndical et politique à Roubaix.

Retrouvez l’intégralité des interventions et des témoignages de la journée d’étude du 18 novembre 2017 dans les actes de la journée d’étude à paraître très bientôt.

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La fondation de la JOC vue par… Bruno Duriez, sociologue au CNRS

Une grande journée d’étude sur la fondation de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC) a eu lieu le 18 novembre 2017 à l’Université de Lille 2 dans les locaux de la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales. Plus de 200 personnes étaient présente pour découvrir comment et pourquoi la JOC est née à Lille en 1926 et comment cette fondation a changer en profondeur l’Eglise catholique et le mouvement ouvrier français.

Chaque semaine, la Mission Ouvrière du diocèse de Lille vous fera découvrir le regard d’un intervenant ou d’un témoin de cette grande journée d’étude. Aujourd’hui, nous vous partageons les grandes lignes de l’intervention de Bruno Duriez, directeur de recherche en science sociales au CNRS, sur les débuts foudroyants de la JOC dans l’agglomération lilloise.

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Bruno Duriez lors de la journée d’étude sur la fondation de la JOC à Lille

L’intervention de Bruno Duriez débute par un premier scoop : « Joseph Cardijn, le fondateur de la JOC en Belgique, s’est personnellement impliqué dans le fondation de la JOC à Lille et à Roubaix. Il est venu sur place pour lancer le mouvement dès le début ».

Dans les années 20, la JOC va connaitre un succès foudroyant car elle répond à un besoin de l’Eglise qui ne sait pas comment s’adresser et surtout comment garder les jeunes du milieu ouvrier qui fréquentaient les paroisses. Il rappelle que les tentatives précédente à destination des jeunes du milieu ouvrier se sont avérées insuffisantes : « Dès les années 20, l’Association Catholique de la Jeunesse Française ont lancé des sections ouvrières, mais ceux-ci ne voulaient pas devenir les membres d’une structure dirigée par des étudiants ».

La JOC est donc créée et s’agrandie à grands pas dans l’agglomération lilloise grâce à trois facteurs :

  • la présence de jeunes ouvriers dans les patronages
  • la stratégie offensive de la JOC
  • le soutien de l’évêque de Lille

Mais ce développement ne se fait pas sans heurts puisque en effet « l’intégralisme  de la JOC [le fait que la JOC propose un projet de vie complet aux jeunes] fait peur aux associations et aux syndicats chrétiens qui craignent une trop grande autonomie du mouvement ». Pourtant, le mouvement reste profondément ancré dans l’Église orientant naturellement ses adhérents vers le syndicalisme chrétien et les engagements proches de l’Eglise.

La semaine prochaine, découvrez les grandes lignes du témoignage de Louis Dooghe, ancien jociste des années 50, créateur des premiers clubs de prévention et grande figure de l’éducation populaire.

Retrouvez l’intégralité des interventions et des témoignages de la journée d’étude du 18 novembre 2017 dans les actes de la journée d’étude à paraître très bientôt.

Formation « Accompagner et développer des projets de fraternité » 2018 : les inscriptions sont ouvertes !

Accompagner et développer des projets de fraternité dans le monde ouvrier et les quartiers populaires n’est pas toujours simple. Surtout quand on veut que les personnes en situation de pauvreté ou de fragilité en soit les acteurs et même les porteurs. Cette ambition que porte depuis longtemps la Mission Ouvrière est partagée par d’autres dans le diocèse de Lille, réunis au sein du collectif Frat’éveil.

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L’an dernier ce collectif a lancé la première formation-action pour accompagner et développer des projets de fraternité. Une première année couronnée de succès avec de nombreux groupes et de beaux projets en développement.

Une aventure humaine forte et concrète

Fort de ce succès, le collectif Frat’éveil lance un nouveau cycle de formation qui débutera en janvier 2018.

Vous êtes une personne qui a connu ou qui connait encore les difficultés du monde ouvrier (précarité, chômage, isolement, maladie…) ? Vous refusez de vous résigner et de la jouer perso ?

Ou alors vous voulez permettre aux personnes en fragilité de devenir acteurs de leur vie, de la société et de l’Eglise ? Vous souhaitez vivre une aventure humaine forte et concrète qui participe à la construction d’un monde plus juste et fraternel ?

Que vous ayez déja une idée de projet en tête ou pas, inscrivez vous à la formation action 2018 ! Cette formation se fait à partir de l’expérience de terrain et l’expérience de vie de chaque participant. Une démarche participative guide les journées et permet à chaque participant de bénéficier de l’apport des autres. La formation s’appuie sur les projets, et prend en compte les besoins de chaque binôme. La diversité des participants fait de la formation un lieu d’expérimentation.

Infos pratiques

COÛT : Participation souhaitée par personne : 50 € par jour (dont le repas). Des subventions seront demandées à différents partenaires. L’argent ne doit pas être un problème.

LIEU et INSCRIPTIONS : Maison de l’Apostolat des Laïcs – 39, rue de la monnaie – 59000 Lille Tél : 03.20.06.43.02 osonslafraternite@lille.catholique.fr

PUBLIC : Des binômes ayant un projet de fraternité, formés d’une personne ayant l’expérience de la précarité et d’une personne qui est dans l’accompagnement de projet.

CONTENU : Chaque session permet d’aborder une facette des projets de fraternité : Repérer et comprendre les critères pour construire un projet de fraternité. Découvrir les balises qui permettent à chacun de prendre la parole et de réfléchir ensemble. Voir comment on fait pour que chacun devienne acteur du projet. Voir comment les plus pauvres peuvent trouver leur place dans l’Église et la société. La façon de travailler permet à des personnes qui n’ont pas fait beaucoup d’études d’y participer pleinement. Une équipe assure la préparation des sessions et accompagne les participants entre les sessions, avec l’appui de l’association « Participation et Fraternité ». (www.participationfraternite.fr)

DATES : (formation sur 5 jours) 4 samedis et 1 vendredi. Dates pour 2018 : 13 janvier, 17 février, 7 avril, 1er et 2 juin

HORAIRES : 9h00 -12h00 ; 13h30 -17h30

Téléchargez le bulletin d’inscription : INSCRIPTION formation action

CONTACTS : Olivier BARREY 06.41.37.26.75 olivbarrey@hotmail.fr / Jérôme MONTOIS 06.33.57.68.43 jerome.montois@gmail.com

La fondation de la JOC à Lille vue par… Jean-Marc Guislin, historien à l’université de Lille 3

Une grande journée d’étude sur la fondation de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC) a eu lieu le 18 novembre 2017 à l’Université de Lille 2 dans les locaux de la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales. Plus de 200 personnes étaient présente pour découvrir comment et pourquoi la JOC est née à Lille en 1926 et comment cette fondation a changer en profondeur l’Eglise catholique et le mouvement ouvrier français.

Chaque semaine, la Mission Ouvrière du diocèse de Lille vous fera découvrir le regard d’un intervenant ou d’un témoin de cette grande journée d’étude. Aujourd’hui, Jean-Marc Guislin, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Lille 3, apporte son regard sur le contexte politique, économique et social de la ville de Lille et en particulier du quartier de Moulins au moment de la création de la JOC en 1926.

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Jean-Marc Guislin lors de la journée d’étude sur la fondation de la JOC à Lille

Lors de son intervention, Jean-Marc Guislin a commencé par rappeler qu’en 1926, le quartier ouvrier de Moulins à Lille était couvert de fabriques et d’usines qui ont beaucoup souffert de la première guerre mondiale. Les bombardements et les démantèlements ont beaucoup fait souffrir le tissu industriel lillois. Dans ce quartiers, les taudis ouvriers insalubres côtoyaient les châteaux des magnats de l’industrie lilloise.

Jean-Marc Guislin souligne d’autres contradictions : « Dans les années 1920, le salaire réel des ouvriers diminue sensiblement. Pourtant la conflictualité n’était pas forte dans les usines avec peu de mouvements de grèves ».

Lille Moulins est un quartier qui est vite devenu un vivier du catholicisme social autour de l’église Saint Vincent de Paul. Un catholicisme social qui se heurte violemment à l’anticléricalisme d’une partie des organisations ouvrière mais dont les acteurs ne sont que plus combatifs.

Ce sont ces acteurs qui seront les premiers à s’investir dans la fondation de la JOC à partir de 1926.

La semaine prochaine, découvrez les grandes lignes de l’intervention de Bruno Duriez, sociologue au CNRS, sur les premiers pas de la JOC à Lille.

Retrouvez l’intégralité des interventions et des témoignages de la journée d’étude du 18 novembre 2017 dans les actes de la journée d’étude à paraître très bientôt.

 

Diacres au cœur du monde populaires : Mettre les périphéries au centre

Les diacres sont au service… C’est le sens même de la racine grecque « diakonos », serviteur. Ces chrétiens ordonné par un évêque pour servir leurs frères et l’Eglise sont aujourd’hui 2700 sur le territoire français. Soit autant de manière de servir. Certains d’entre eux sont issus du milieu ouvrier et des quartiers populaires ou engagés au cœur de celui-ci.

La revue des Cahiers de l’Atelier leur consacre un numéro auquel la Mission Ouvrière a grandement collaboré. En particulier celle du diocèse de Lille puisse que 3 articles sont signés par des nordistes du diocèse de Lille : Maxime Leroy, prêtre de l’agglomération lilloise ; Michel Delattre, diacre à Armentières et Stéphane Haar, délégué diocésain de la Mission Ouvrière.

Dans le milieu ouvrier et les quartiers populaires, les diacres vivent ce service de nombreuses manières. Dans le monde du travail, le monde associatif, auprès des personnes privées d’emploi ou incarcérées, avec les migrants ou les croyants d’autres religions… Et ils ne le vivent pas seuls mais en couple, en famille, en Église, en Mission Ouvrière.

Découvrez ces témoignages en commandant votre exemplaire des « Cahiers de l’atelier N°554 – Les diacres au cœur du monde populaire » ! Un outil indispensable pour approfondir votre regard sur l’Eglise en monde populaire et un beau cadeau à offrir pour inviter au cheminement vocationnel !

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Aux origines de « Grains de Folie » : spiritualité d’une action symbolique de la Mission Ouvrière

La Mission Ouvrière du diocèse de Lille a fêté ses 60 ans le 23 septembre 2017 en organisant une action symbolique et festive appelée « Grains de Folie ». Cette initiative, sur une place publique en plein cœur de Lille, peut être qualifiée d’audacieuse pour cette institution d’Eglise habituée à rester être discrète. Est-ce un simple coup de com’ ou cela va-t-il bien plus loin ? Voyage aux origines humaines et spirituelles de « Grains de folie ».

La Mission Ouvrière : 60 ans d’évangélisation discrète et efficace au coeur du monde ouvrier

Créée en 1957 par l’Église de France pour coordonner les acteurs de l’évangélisation du monde ouvrier et des quartiers populaires, la Mission Ouvrière a 60 ans. 60 ans durant lesquelles l’action catholique des enfants (ACE), la jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), l’action catholique ouvrière (ACO), les prêtres ouvriers et toutes les autres composantes de la Mission Ouvrière n’ont cessé de vivre en actes et en paroles la Bonne Nouvelle de Jésus Christ dans le monde ouvrier et les quartiers populaires. Au point de devenir des acteurs incontournables du mouvement ouvrier et de l’éducation populaire dans notre pays. Une histoire riche qui a permit des centaines de milliers d’enfants, de jeunes, de femmes et d’hommes de vivre une émancipation matérielle, sociale et spirituelle.

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Vidéo sur les origines et l’histoire de la Mission Ouvrière

Mais les 60 ans de la Mission Ouvrière c’est aussi 60 ans de discrétion. Créée juste avant le concile Vatican II qui a profondément modernisé l’Église catholique, la Mission Ouvrière est marquée par la pastorale de l’enfouissement. Une méthode d’évangélisation audacieuse mais discrète qui part du principe que ce sont les actes qui témoignent le mieux de l’Évangile, bien plus que les rites et les grands discours. Ainsi les chrétiens sont appelés a être présent dans tous les lieux de vie du monde ouvrier : quartiers, associations, syndicats, partis politiques, structures de loisirs… et à y embrasser pleinement la vie et les combats de la classe ouvrière pour y témoigner de l’amour de Dieu par leurs actes, leur combat pour la dignité et leur dévouement au service de leur frères.

Une méthode qui a eu une réelle efficacité tant pour l’annonce de l’Évangile que pour la construction d’un monde plus juste et fraternel. Une efficacité due au fort maillage associatif du milieu ouvrier. Depuis le début du 20ème siècle, le mouvement ouvrier a construit un incroyable entrelacement d’associations, de syndicats, de coopératives qui structuraient complètement la vie des personnes du milieu ouvrier. Personne n’était laissé seul et il y avait une association pour chaque problème et chaque thématique. Les composantes de la Mission Ouvrière ont su trouver leur place dans cet entrelacement et permettre ainsi a des milliers de personnes de devenir acteurs de leur vie, de la société et de l’Église. Les acteurs des composantes de la Mission Ouvrière se sont également pleinement investi dans d’autres organisations ouvrières où ils ont prit des responsabilités et ont mené un impressionnant travail apostolique.

Maintenant ! Proclamer une parole qui libère !

Mais le tournant ultra-libéral des années 80 a tout changé. Les politiques publiques de précarisation du marché du travail et de mise en concurrence des personnes ont cassé un grand nombre d’organisations ouvrières et en ont affaiblies d’autres, laissant des millions de travailleurs pauvres, isolés face à leurs problématiques et les mettant à la merci des idéologies les plus rétrogrades. Ces personnes milieu ouvrier et des quartiers populaires ont été frappés de plein fouet par les changements sociaux, politiques et économiques d’une grande violence que résume bien le pape François dans l’exhortation apostolique  » La joie de l’Évangile  » «  Aujourd’hui, tout entre dans le jeu de la compétitivité et de la loi du plus fort, où le puissant mange le plus faible. Comme conséquence de cette situation, de grandes masses de population se voient exclues et marginalisées : sans travail, sans perspectives, sans voies de sortie ».

Cette religion de l’argent-roi menace tout ce qui est faible ou fragile. Elle menace tout ce qui protège comme le droit du travail, la protection sociale et les structures qui les défendent. Présentés il y a peu comme les indispensables bâtisseurs de l’économie française, les salariés sont maintenant dépeint comme des coûts de production, des poids morts freinant l’économie des plus riches, des résidus enfermés dans des cités dortoirs. Ils sont rendu inaudibles, invisibles, inutiles…

Dans ce contexte, la pastorale de l’enfouissement perd de son efficacité. Car il y a dans le milieu ouvrier et les quartiers populaires une grande rage d’exister, de construire sa vie et d’être reconnu. Une rage qui, du fait de la destruction du maillage social du monde ouvrier, est bien moins portée et bien moins entendue que par le passé. Cette rage de vivre dignement est la même que celle des hébreux esclaves en Égypte à qui Dieu dit « J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens » (Exode 3 ; 7).

Une rage qui est la même que ceux à qui Saint Paul affirmait « Frères, vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien : parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance. Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est. » (Épître de de Saint Paul aux Corinthiens 1;25-28)

Dans un monde qui chaque jour les écrase un peu plus, les personnes du monde ouvrier ont besoin de ce message d’amour et de révolte de l’Évangile. Alors il faut le proclamer haut et fort à chaque fois que cela est possible. Fêter l’anniversaire de la Mission Ouvrière c’est redire que Dieu aime chacun de ses enfants, en particulier les plus petits. C’est redire que l’Église fait confiance a ceux en qui personne ne fait confiance : les enfants, les jeunes des quartiers, les travailleurs pauvres, les chômeurs… C’est le sens que la Mission Ouvrière du diocèse de Lille à voulu donné à son anniversaire.

Comme toujours : partir de la vie

Lors du Conseil Diocésain de la Mission Ouvrière du 8 février 2017, les composantes de la Mission Ouvrière ont partagé la vie des personnes du milieu ouvrier de notre diocèse :

« Une dame de 70 ans distribue la pub dans mon quartier car elle a une faible pension. Bientôt elle sera pistée par GPS par son employeur pour contrôler sa productivité ».
« Dans les maisons de l’enfance, on ne parle plus d’enfants mais de lits a remplir pour être plus rentable »
« A l’école la compétition est terrible. Ceux qui ne réussissent pas souffrent et ceux qui ont de bons résultats sont parfois exclus par les autres. Il y a une recherche de reconnaissance des adultes ».
« Au collège, la compétition prend le pas sur la coopération. Les enseignants sont évalué sur la réussite de leurs élèves, alors ça ajoute une pression ».
« En formation professionnelle, j’ai vu des jeunes mauvais à l’école se surpasser dans la recherche de l’excellence et j’en ai vu être complètement brisés par cette compétition et cette pression ».
« Dans la communauté africaine, certains ont des choses à prouver. Ils cherchent à gagner toujours plus et acceptent des emplois illégaux. Ils disent que ceux qui ne font pas comme eux sont de feignants ».
« Avec la discrimination, les migrants doivent sans cesse faire la preuve de leur efficacité par rapport aux autres ».
« Dans les petites boites du privé, certains employeurs ne respectent pas la loi volontairement car ils savent que les salariés ne les mettront pas au tribunal par peur du retour de bâton ».

Ils ont partagé ce sentiment qu’un fossé se creuse dans notre société. D’un coté une population aisée, ayant les ressources financières, sociales et culturelles pour accéder aux meilleurs places de l’emploi, du logement, de la reconnaissance politique et médiatique. De l’autre coté, une population aux moyens limités qui doivent se contenter des emplois subalternes, mal payés et précarisés. Ces derniers sont considérés comme jamais assez flexibles, assez formés, assez mobiles et toujours trop cher pour les médias et les dirigeants.

Avec le pape François, dénoncer l’hypocrisie du capitalisme

Notre foi nous poussent à vouloir comprendre pourquoi ces inégalités perdurent. Dans son discours à la rencontre mondiale des mouvements populaires le 28 octobre 2014, le Pape François rappelle que « Cela arrive quand au centre d’un système économique se trouve le Dieu argent et non l’homme, la personne humaine ».

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Le Pape François à la rencontre des ouvriers dans une usine de Gènes

Lors d’une récente audience aux participants à la rencontre « Économie de Communion » du 5 février 2017, le pape dénonce l’hypocrisie de notre système économique qui fait semblant de prendre en compte et de vouloir soigner les difficultés sociales alors qu’il les engendre et refuse de se remettre en cause : « On ne le dira jamais assez, le capitalisme continue à produire les « mis à l’écart » qu’ensuite il voudrait soigner. Le principal problème éthique du capitalisme est la création des mis à l’écart pour ensuite chercher à les cacher ou les soigner pour qu’on ne les voit plus. Les avions polluent l’atmosphère, mais avec une petite partie de l’argent du billet on va planter des arbres pour compenser les dommages créés. Les sociétés de jeux de hasard financent des campagnes pour traiter les joueurs pathologiques qu’ils créent. Et le jour où les entreprises d’armement financeront des hôpitaux pour soigner les enfants mutilés par leurs bombes, le système aura atteint son apogée. C’est de l’hypocrisie ».

On pourrait apporter tant d’exemples : les entreprises bénéficiaires licencient mais cotisent pour financer une cellule de reclassement. Les banques font rêver les plus pauvres avec des crédits à la consommation hors de prix mais rappellent sur leurs prospectus que le crédit doit être responsable. Les politiciens refusent d’accueillir les réfugiés qui fuient la guerre mais organisent en grande pompe des cérémonies sur les droits de l’homme.

Quand la folie de l’argent-roi se déguise en raison

Cette relecture montre que notre système économique est devenue une implacable machine au service du dieu Argent. Une machine qui écrase tout ce qui petit, faible, solidaire et juste. Une machine devenue complètement folle. C’est ce partage de vie qui donna naissance à l’action symbolique « Grains de folie ».

Cette folie de l’argent-roi sait se cacher sous des oripeaux de sagesse et de raison. Ainsi les décisions inhumaines et injustes sont revêtues du sceau de la raison et de la logique économique. Délocaliser une entreprise bénéficiaire pour faire plus de profit ? C’est sage ! C’est le jeu économique ! Fermer les frontières au nez des réfugiés qui fuient la guerre ? C’est sage pour notre économie ! Supprimer des postes en crèche, dans les hôpitaux, dans les forces de l’ordre, dans les écoles ? C’est sage pour le budget de l’État !

De même les propositions basées sur les besoins des plus faibles sont vilipendées comme des aberrations. Avoir des classes avec peu d’élèves ? C’est une folie pour le budget de l’éducation nationale ! Embaucher une jeune sans expérience ? C’est un risque trop grand pour les entreprises ! Investir dans certains quartiers ? Faire confiance et donner les moyens à ceux qui veulent s’en sortir ? Ces gâcher des moyens en soutenant des fraudeurs et des feignants !

La folie de la fraternité pour répondre à la folie de l’argent

Mais « ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort » nous rappelle Saint Paul. Ainsi à la folie de l’argent-roi doit répondre la folie de la fraternité et de l’amour. Car pour chaque situation injuste vécue dans le monde ouvrier, les acteurs de la Mission Ouvrière peuvent répondre par une initiative de fraternité et de justice.

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Un grain de folie lors de l’action symbolique du 23 septembre 2017 à Lille

Dans tout les lieux de vie, il y a des gens qui se battent pour que la dignité des personnes du monde ouvrier et des quartiers populaires soit respectés. Simple citoyen, militant, responsable associatif, syndical ou politique… Tous donnent de leur temps et du peu d’argent qu’ils ont pour créer du lien social, défendre les droits des travailleurs et des migrants, combattre le racisme et les discriminations, respecter la création…

Dans un monde où la rentabilité financière est devenue la mesure de toutes choses, ces personnes passent pour des fous. Des fous qui sont souvent habité par la douce folie de l’Évangile. Toutes ces folies méritent d’être misent en lumière car chaque initiative de solidarité, de fraternité, de gratuité sont autant de grains de sable qui viennent enrayé la machine de l’argent-roi… Ce sont des grains de folie.

Une action en sortie, en symbole et en fête

Dénoncer la folie de l’Argent-roi et mettre en lumière les initiatives de fraternité, la Mission Ouvrière et ses composantes le font depuis 60 ans. Alors comment faire du neuf ? L’exemple est venu de la JOC. Un mouvement que dès sa fondation a fait sortir ses militants en pleine rue pour donner la parole aux jeunes du milieu ouvrier au travers de grandes enquêtes. Une attitude en sortie que le pape François a voulu étendre à toute l’Église dans l’exhortation apostolique La joie de l’Évangile : « L’Église “en sortie” est la communauté des disciples missionnaires qui prennent l’initiative, qui s’impliquent, qui accompagnent, qui fructifient et qui fêtent. »

GdF - Accrochage collectif

Le conseil diocésaine de la Mission Ouvrière sous la présidence de Mgr Ulrich, archevêque de Lille, a donc fait le choix de faire un anniversaire « en sortie » sur une place publique de Lille. Une initiative participative et une initiative symbolique avec trois objectifs :
– Dans le suite de la rencontre national de la Mission Ouvrière et du synode provincial, sortir de notre confort, de ce qu’on sait faire, pour aller vers.
– Mettre en lumière les « folies » de ceux qui croient dans la dignité des gens simples dans la rue et les médias.
– Vivre un temps de fête qui marque l’esprit des participants et leur donne de la force.

A l’image du Christ qui s’exprimait en parabole pour être compris de tous, la Mission Ouvrière a fait le choix d’un événement qui portera son message par des symboles et non par des discours ou des textes. Un événement dont le message pourra être compris de tous et auquel tout le monde pourra participer, les militants comme les passants.

Enfin un événement qui est une vraie fête avec un grand gâteau d’anniversaire, un verre de l’amitié, de la musique et de la convivialité. Parce que chaque moment de joie est un don de Dieu et un témoignage de son amour infini pour l’humanité.

GdF - Gateau

Aux origines de l’action symbolique « Grains de folie » qui a eu lieu samedi 23 septembre 2017 en plein cœur de Lille, il y a donc bien plus qu’on peut le croire.

 

Une révision de vie « Grains de folie » proposée par une équipe ACO de Lille

Une équipe d’Action Catholique Ouvrière de jeunes travailleurs de l’agglomération lilloise, a récemment vécu une révision de vie en utilisant les « grains de folie ». Une belle expérience qu’ils ont souhaité partager avec tous ceux qui souhaitent vivre cette démarche.

Les grains de folie, ce sont ces boules de polystyrène sur lesquelles la Mission Ouvrière invite chaque personne du milieu ouvrier et des quartiers populaires a écrire une initiative, un engagement ou un geste solidaire et fraternel pour mettre en lumière les belles choses qui se vivent dans le monde ouvrier. Ces grains de folie seront réunis le samedi 23 septembre à 15h00 lors d’un grand événement festif des 60 ans de la Mission Ouvrière dans les rues de Lille.

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Pour préparer cet événement, l’équipe ACO de Marie, Alexandre, Émilie et Lionel a créée une révision de vie qui peut être vécue par toute équipe ACO, JOC, GREPO, de responsables ACE ou tout autre groupe en quartier populaire. Alors n’hésitez pas à vous en saisir et à vivre cette belle démarche qui est au cœur de le Mission Ouvrière.

Téléchargez la révision de vie : RDV Grains de folie
Téléchargez l’invitation pour l’événement « Grains de folie » : Grains de folie – Invitation à participer

Merci Patron ! La Mission Ouvrière partenaire du festival « des hommes et des films »

La huitième édition du festival diocésain de cinéma « des hommes et des films » pose une question qui traverse la société française et en particulier le milieu ouvrier : Moi, faible et fragile ?

festival du film afficheLa société de l’argent-roi et de la compétitivité à outrance nous invite sans cesse à la performance au travail, dans nos familles, dans nos loisirs… Comme s’il nous fallait à tout prix être des super-héros du quotidien… Capables de surmonter les obstacles et les difficultés, de nous adapter à de nouveaux modes de vie, de repousser sans cesse nos limites pour être toujours plus performants, rapides, efficaces… Sans jamais lâcher prise ! Et qu’importe si ce tourbillon nous fait chuter ou perdre la tête. Et tant pis pour les plus faibles, laissés sur le bord du chemin. Tant pis pour chacun d’entre nous, pour nos failles, nos manques et nos fragilités. Serait-on en train d’oublier que la vie elle-même ne tient qu’à un fil ?

Cette nouvelle édition du festival propose, à travers dix films, d’aller à contre-courant et d’accueillir autrement nos fragilités et nos faiblesses. Pour qu’elles nous ouvrent à un présent plus fort, à une humanité plus divine. Pour qu’elles deviennent des leviers capables de faire dérailler une société conçue et organisée au profit des plus forts.

La Mission Ouvrière du diocèse de Lille est partenaire du festival en particulier pour la projection du film César du meilleur documentaire 2017 : Merci Patron de François Ruffin qui fera la clôture du festival le mardi 30 mai à 20h au Métropole à Lille (26, rue des ponts de Comines)

Merci Patron ! Un film devenu une icône du combat ouvrier pour la dignité des travailleurs. Pour Jocelyne et Serge Klur, rien ne va plus : leur usine, qui fabriquait des costumes Kenzo (Groupe LVMH) à Poix-du-Nord, a été délocalisée en Pologne. Le couple, au chômage, risque de perdre sa maison. Mais François Ruffin, fondateur du journal Fakir, frappe à leur porte avec l’ambition de voler dans les plumes de Bernard Arnault, le PDG du groupe LVMH et responsable de la délocalisation. Ces David frondeurs pourront-ils l’emporter contre ce Goliath milliardaire ?

Merci Patron
Bande Annonce du film Merci Patron !

 

La projection sera suivie d’un échange avec Louisette Faréniaux, maître de conférences honoraire en études cinématographiques. Venez nombreux !

Retrouvez toute la programmation du festival « des hommes et des films » sur le site du diocèse de Lille.

Pape François : « Il est criminel de négliger les blessures causées par le système économique »

Le 17 février 2017, le pape François a fait parvenir un message à l’occasion d’une rencontre continentale des mouvements populaires qui s’est ouverte le jeudi 16 février 2017, à Modesto en Californie. Dans son message adressé aux participants, lu le dimanche 19 février, le pape François les invite notamment à suivre l’exemple du Bon samaritain. Vous trouverez l’intégralité de ce message ci-dessous. Nous avons mis en gras certains passages particulièrement pertinents pour les réalités des gens du nord.

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Chers frères,

Je voudrais tout d’abord vous féliciter d’avoir fait l’effort de répercuter au nouveau national, le travail que vous élaborez pendant la rencontre mondiale des mouvements populaires. Je voudrais, par cette lettre, encourager et renforcer chacun d’entre vous, vos organisations ainsi que tous ceux qui luttent pour les  » Trois T « : la terre, le logement et le travail. Je vous félicite pour tout ce que vous faites.

Je tiens à remercier la Campagne catholique pour le développement humain, son président, Mgr. David Talley ainsi que vos hôtes, Mgrs Stephen Blaire, Armando Ochoa et Jaime Soto, pour le fort soutien qu’ils ont apporté à cette rencontre. Merci au Cardinal Turkson d’accompagner de près les mouvements populaires du nouveau Département pour le service du développement intégral de l’Homme. Je suis tellement heureux de vous voir œuvrer ensemble pour la justice sociale ! Comme je souhaite que cette énergie constructive se propage dans tous les diocèses, une énergie qui bâtit des ponts entre les peuples et les individus, des ponts capables de percer les murs de l’exclusion, de l’indifférence, de l’intolérance et du racisme.

Je voudrais également souligner le travail du Réseau national PICO ainsi que celui des organisations promotrices de cette réunion. Je savais que PICO signifie « le développement des communautés à travers l’organisation de leurs membres ». Quel bon résumé pour la mission des mouvements populaires : un travail de proximité, aux côtés d’autrui, coordonné entre vous, pour faire avancer nos communautés.

Il y a quelques mois, à Rome, nous avons parlé des murs et de la peur, des ponts et de l’amour. Je ne souhaite pas me répéter : ces questions remettent en question nos valeurs les plus profondes.

Nous savons qu’aucun de ces maux n’est né d’hier. Nous faisons face à la crise du paradigme dominant, un système qui entraîne d’énormes souffrances à la famille humaine, s’attaquant à la fois à la dignité des personnes et à notre Maison Commune, afin de maintenir la tyrannie invisible de l’argent qui ne garantit des privilèges qu’à peu de personnes. « L’humanité se trouve à un grand tournant de histoire ».

Pour les chrétiens et pour tous les hommes de bonne volonté, c’est maintenant que nous devons agir. C’est « une grave responsabilité, car si certaines réalités du monde actuel ne trouvent pas une bonne solution à leurs situations, elles peuvent déclencher des processus de déshumanisation difficilement réversibles par la suite. » Ce sont des « signes des temps » que nous devons reconnaître pour passer à l’action. Nous avons perdu un temps précieux en n’accordant pas assez d’attention à la résolution de ces réalités destructrices. Ainsi, les processus de déshumanisation s’accélèrent. La direction que prendra l’humanité face à ce tournant historique, et la manière avec laquelle cette aggravation de la crise trouvera une solution, dépendra de la participation active de la population – en grande partie par votre intermédiaire vous les mouvements populaires.

Nous ne devons pas être paralysés par la peur, mais ne vous empêtrez pas dans les filets du conflit. Nous devons reconnaître le danger, mais aussi la possibilité que chaque crise peut évoluer, être dépassée et connaître un dénouement honorable. Dans la langue chinoise, qui exprime la sagesse ancienne de ce grand peuple, le mot crise est composé de deux idéogrammes : Wei représentant le danger et Jī représentant l’opportunité.

Le danger consiste à rejeter les autres et ainsi, sans le savoir, nier leur humanité, notre humanité, nous renier nous-mêmes, et par conséquent renier le plus important des commandements de Jésus. Telle est la déshumanisation. Mais il y a quand même une chance que la lumière de l’amour du prochain illumine la Terre avec son éclat éblouissant comme un éclair dans l’obscurité qui nous réveille, et que la véritable humanité se répande comme une épidémie, avec la résistance forte et opiniâtre de l’authenticité.

Aujourd’hui encore résonne dans nos oreilles la question de l’avocat qui demande à Jésus dans l’Evangile de Luc « Et qui est mon prochain ? » Qui est celui qu’on doit aimer comme soi-même ? Peut-être s’attendait-il à une réponse conforme à son mode de vie, telle que « seraient-ce mes parents ? Mes compatriotes ? Mes coreligionnaires ?… ». Peut-être voulait-il amener Jésus à l’exempter de l’obligation d’aimer les païens ou les étrangers considérés comme impurs à l’époque. Cet homme veut une règle claire qui permet de classer les gens dans des catégories « nos prochains » et « les non prochains », entre ceux qui peuvent devenir nos « prochains » et ceux qui ne le peuvent pas.

Jésus répond par une parabole qui met en scène deux figures de l’élite, puis un troisième personnage, considéré étranger, païen et impur : le Samaritain. Sur la route de Jérusalem à Jéricho, le prêtre et le lévite ont rencontré chacun le même homme agonisant, que des voleurs avaient agressé, volé, battu et abandonné. La loi du Seigneur prévoyait dans des situations similaires l’obligation de l’aider, mais tous les deux ont passé leur chemin sans s’arrêter ; ils étaient pressés. Mais le Samaritain, qui était méprisé par la société, celui sur lequel personne n’aurait parié quoi que ce soit, et qui avait lui aussi des obligations et des courses à faire, le Samaritain n’a pas pris le large quand il a vu l’homme blessé, comme l’ont fait ceux qui pourtant étaient liés au Temple ; au contraire quand il « l’a vu, il fut pris de pitié ». Le Samaritain se comporte en vrai miséricordieux : il panse les blessures de l’homme, l’emmène dans une auberge, se soucie personnellement de lui et lui fournit une assistance. Tout cela nous enseigne que la compassion et l’amour ne sont pas des sentiments vagues, mais qu’ils signifient qu’il faut prendre soin des autres, de payer de sa personne pour eux. Cela signifie de s’impliquer personnellement et d’accomplir tous les pas nécessaires pour « se rapprocher » de l’autre jusqu’à s’y identifier : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Tel est le commandement du Seigneur.

Il est criminel de négliger les blessures causées par le système économique qui a pour épicentre le dieu de l’argent et qui agit parfois avec la brutalité des voleurs dans la parabole. Dans la société mondialisée, il existe une manière élégante de détourner son regard et qui est pratiquée de façon récurrente : sous couvert de rectitude politique ou de modes idéologiques, on regarde la souffrance sans la toucher, on la transmet à la télévision en direct, en adoptant de surcroît un discours soi-disant de tolérance et plein d’euphémismes ; cependant, rien n’est fait de manière systématique pour guérir les blessures sociales ou pour contrer des structures qui abandonnent tant de frères au bord de la route. Cette attitude hypocrite, si différente de celle du Samaritain, témoigne de l’absence d’une véritable conversion et d’un véritable engagement envers l’humanité.

C’est une escroquerie morale qui, tôt ou tard, sortira au grand jour comme un mirage qui se dissipe. Les blessés sont là, c’est une réalité. Le chômage est réel, la violence l’est aussi. La corruption est réelle, la crise d’identité est réelle, la vacance de démocratie est réelle. La gangrène du système ne peut pas rester camouflée éternellement, parce que, tôt ou tard, la puanteur finit par se répandre. Et quand elle atteindra ce stade indubitable, prendront naissance – de la même source qui a généré cette situation de manipulation de la peur et de l’insécurité –, la colère ainsi qu’une indignation légitime du peuple, qui entraîneront les gens, par un phénomène de transfert de responsabilité, à accuser de tous les maux les « non-prochains ». Je ne parle pas de personnes en particulier ; je parle d’un processus social qui se développe dans de nombreuses régions du monde et qui constitue une grave menace pour l’humanité.

Jésus nous propose un autre cheminement ; qui consiste à ne pas classer les autres dans des catégories, pour en discerner qui est le prochain, et qui ne l’est pas. Vous pouvez devenir le prochain de celui qui est dans le besoin ; vous le serez si vous avez la compassion dans votre cœur et si vous avez la capacité de souffrir avec l’autre. Vous devez devenir le Samaritain. Il faut aussi être comme l’hôtelier à qui le Samaritain à la fin de la parabole, a confié la personne qui souffre. Qui est cet hôtelier ? C’est l’Église et la communauté chrétienne, qui prennent soin des personnes. Ce sont les organisations sociales, nous, vous, à qui le Seigneur Jésus, tous les jours, confie ceux qui sont affligés, dans leur corps et dans leur esprit, afin que nous puissions leur communiquer directement et sans aucune mesure, toute sa miséricorde et son salut. C’est là, la véritable humanité qui résiste à la déshumanisation qui nous est servie sous forme d’indifférence, d’hypocrisie et d’intolérance.

Je sais que vous vous êtes engagés dans la lutte pour la justice sociale, la défense de notre sœur la terre-mère, et dans l’accompagnement des migrants. Je souhaite vous confirmer dans votre choix et vous partager deux pensées à ce sujet.

La crise écologique est réelle. « Il y a un consensus scientifique très cohérent sur le fait que nous faisons face à un réchauffement inquiétant du système climatique ». Il est vrai que la science n’est pas la seule forme de connaissance. La science n’est pas nécessairement « neutre » et, il est vrai qu’elle occulte souvent les positions idéologiques ou les intérêts économiques. Mais nous savons aussi ce qui se passe quand nous nions la science et ignorons la voix de la nature. Je suis conscient de ce qui nous interpelle à nous catholiques. Ne tombons pas dans le déni. Le temps nous est compté. Agissons. Je vous appelle encore une fois à vous, peuples autochtones, pasteurs et dirigeants, à défendre la création.

L’autre réflexion a déjà été évoquée lors de notre dernière réunion, mais il me semble important de la répéter : aucun peuple et aucune religion ne sont criminels, ne sont terroristes. Il n’y a pas de terrorisme chrétien, il n’y a pas de terrorisme juif et il n’y a pas de terrorisme islamique. Cela n’existe pas. Aucun peuple ne peut être qualifié de criminel, de narco-trafiquant ou de violent. « Sont accusées de violence envers les pauvres et les peuples pauvres – ne bénéficiant pas des mêmes opportunités –, les diverses formes d’agression et de guerre, qui constituent un terrain fertile pour une implosion qui surviendra tôt ou tard ». Il y a des gens fondamentalistes et violents au sein de tous les peuples et de toutes les religions, et qui se trouvent renforcés par les généralisations intolérantes, la haine et l’alimentation de la xénophobie. Face à la terreur, c’est avec amour que nous travaillons pour la paix.

J’appelle à la fermeté et à la douceur pour défendre ces principes ; je vous demande de ne pas les échanger comme une marchandise bon marché. Et, comme saint François d’Assise, donnons tous de nous-mêmes pour « que là où il y a la haine, nous mettions l’amour, là où il y a des blessures, le pardon ; que là où il y a discorde, nous mettions l’union ; que là où il y a erreur, nous mettions la vérité ».

Sachez que je prie pour vous, je prie avec vous et je demande à Dieu notre Père, de vous accompagner et de vous bénir, qu’il vous comble de son amour et de sa protection. Je vous prie de bien vouloir prier pour moi et d’aller de l’avant.

GREPO : une révision de vie pour relire la mission en quartiers populaires

logo_grepoLe Groupe de Recherche et d’Étude en Pastorale Ouvrière soutient depuis de nombreuses années tous les acteurs de l’évangélisation en milieu ouvrier et quartiers populaires.

Par la relecture des initiatives locales, les recherches thématiques et la créations d’outils, le GREPO offre plus qu’une boite à outils, un véritable soutien pour des personnes missionnées parfois isolées sur leur territoire.

C’est dans cet esprit que le GREPO propose aux personnes missionnées en quartiers populaires une révision de vie pour relire leur mission de terrain. Une occasion de se réunir avec d’autres acteurs de la Mission en quartiers populaires pour faire le point et se lancer de nouveaux défis. Cette révision de vie est disponible auprès des trois équipes GREPO du diocèse (Lille, Tourcoing et Dunkerque).

Téléchargez la révision de vie ici : rdv-paroisses-et-quartiers-populaires-17-01-17-1